Le coq !
Le coq est dans la symbolique médiévale, un oiseau ambivalent faisant partie des animaux domestiques. Au Moyen Âge est qualifié de domestique tout animal qui vit autour des habitats et partagent, de proche ou de loin, leur quotidien. L'abeille, la mouche, le moineau comme le porc ou le chien sont classifiés domestiques.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.
les bestiaires (ouvrages regroupant l'ensemble du règne animal répertorié : animaux "vrais" comme "mythiques") voient en lui un animal familier, chanteur sans véritable nuance. - plutôt un cri qu'un chant d'ailleurs, souvent raillé. On le dit sans mystère. Il est considéré courageux, défendant vaillamment son poulailler et ses femelles, n'hésitant pas à affronter plus fort que lui si nécessaire. Il est dit l'ennemi du renard, du loup et même du lion.
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Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail. Un coq suivi d'un porc.
mais à contrario on le qualifie aussi de vaniteux, sans reconnaissance pour autrui, lubrique, pratiquant le coït d'une poule à l'autre toute la journée, et cependant qualifié de "sensuel". On le dit fat et fier de ses plumes, de sa crête et de son jabot qu'il affiche fièrement. Il est convaincu de son irrésistible beauté ! Il marche comme un paon, tenterait même de faire la roue sans y parvenir. C'est aussi un jaloux reignant sans partage sur sa base-cour.
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Église de Gensac-la-Pallue (Charente), frise de la façade.
Son chant est familier aux voyageurs et aux pèlerins qui, lorsqu'ils l'entendent, en déduisent qu'ils sont proches d'un village où trouver refuge. C'est un son familier, rassurant. Il chante à heure fixe ce qui en fait un guide qui rythme le jour et les travaux à y accomplir.
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Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussure de la porte nord.
D'abord attribué à saint Pierre parce que le coq chanta par trois fois pour souligner son reniement à Jésus - attribut plus tard remplacé par les clés - le coq est l'image du repentir et de la pénitence pour le chrétien.
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Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), vitrail de Gesta 19e siècle.
les premiers coqs installés aux clochers des églises, dès avant l'an mille l'étaient sur les églises dédiées à Saint-Pierre. Par la suite cet usage s'étendit sur la plupart des églises chrétiennes romaines, l'oiseau "de Pierre" devenant l'oiseau vigilant surveillant les alentours et par son chant/cri éloignant les forces du mal. Et s'il chante aussi la nuit c'est pour apeurer les démons et les voleurs. S'il chante le jour s'est pour encourager le travailleur à la tâche dès potron-minet !
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Église de Beauvais-sur-Matha (Charente-Maritime), girouette installée à la restauration du toit du clocher en 1999 et presque aussitôt disparue. l'oiseau s'est envolé !
Certains chroniqueurs à la fin du Moyen Âge (fin du 15e siècle) firent du coq l'emblème du roi de France, et de la France elle-même. L'entourage de François 1er (149-1547) mettra en scène un véritable programme construit sur la symbolique du coq de cette époque : lucide, fier, courageux, solaire. Le coq est aujourd'hui encore le symbole de la France.
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Église de Barret (Charente), décor du portail.
le coq devenu vieux est oublieux, distrait, négligent ; on dit au Moyen Âge pour quelqu'un qui à la mémoire courte "qu'il a une mémoire de vieux coq". Le vieux coq médiéval se met à pondre des oeufs plus petits et plus ronds que ceux de la poule. Et si par le plus grand des hasards, ces oeufs sont couvés par un aspic (petite vipère noire) ou tout autre animal vénéneux comme le dragon, nait un être terrifiant : le basilic, mi-coq mi-serpent, au corps empli de venin et au regard tueur. Si l'on croise le regard du basilic, on meurt instantanément.
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Église de Chadenac (Charente-Maritime), voussure du portail, basilic.
Merci à Michel Pastoureau pour son immense culture et ses écrits sur le bestiaire du Moyen Âge. Il a écrit une phrase magnifique qui décrit bien la notion de l'animal médiéval ne faisant pas la différence entre réalité et fantastique "le réel est une chose, le vrai en est une autre" !
textes et photos : Esla
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