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D'autres engoulants !

Publié le par Esla

Chaque église possède au moins un "engoulant" (ou mange colonne ou masque ...). peu importe le nom dont on l'affuble, il est l'âme et l'identité des églises de la Saintonge.

Église de Bords (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.

Église de Bernay-saint-Martin (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.

Église de Saint-Romans-de-Melle (Deux-Sèvres), chapiteau du portail.

Église de Contré (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre du 1er étage.

Église de Chadenac (Charente-Maritime), chapiteau du portail.

Église de Saint-Martial-de-Loulay (Charente-Maritime), chapiteau résiduel fiché sur l'angle à l'arrière de l'édifice.

Église de Nantillé (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.

Église de Chermignac (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.

Église de Civray (Vienne), chapiteau de fenêtre du 1er étage.

Église de Périgné (Deux-Sèvres), chapiteau de fenêtre.

la suite de la visite dans un prochain article !

textes et photos : Esla

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L'engoulant

Publié le par Esla

Parfois aussi appelé "mange colonne" ou "rageur", l'engoulant est une figuration classique des églises romanes saintongeaises.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), façade occidentale.

Il représente l'homme et ses différentes facettes face à la Chrétienté. Tour à tour agressif, colérique et même parfois aimable ou dubitatif, il est sur les édifices leur protecteur/dévoreur.

Église de Bords (Charente-Maritime), colonne d'une fenêtre du chevet.

implanté pour conjurer les mauvais sorts, pour apporter protection à l'édifice, il est aussi un rappel à tout Chrétien en devenir qu'il se doit de respecter ce lieu, de ne pas le détruire par de mauvaises paroles, de ne pas entamer son rôle de rassembleur.

Église de Dampierre-sur-Boutonne (Charente-Maritime), colonne de la fenêtre du chevet.

Peut-être inspiré par un dessin sur étoffe d'un marchand chinois qui serait venu participer à une foire dans une ville de la Saintonge selon Chasseloup-Laubat de l'académie de Saintonge (1960), "la grande goule" comme le surnomme les Charentais-Maritimes en patois est omniprésent en Charente-Maritime. Pas une église qui n'en n'affiche au moins un ! L'église de Bords, la plus généreuse, en affiche 8, Aulnay-de-Saintonge 7 !

source : réflexions sur la Saintonge romane de F. de Chasseloup-Laubat (1960)

Église d'Échilais (Charente-Maritime), façade occidentale.

Il est généralement figuré par une tête dragonne, mais revêt souvent les traits de visages humains très expressifs qui sont comme un miroir à celui qui les regarde.

 Église de Fenioux (Charente-Maritime), porte nord. Mon préféré !!!

Aucun n'est identique. Cette particularité fait même l'identité de l'église. Et derrière chacun de ces masques on devine immédiatement quel est l'édifice concerné !

Église de Saint-Romans-les-Melles (Deux-Sèvres), façade occidentale.

Partir à la chasse aux enroulants est un jeu passionnant et peut devenir additif. Ils peuvent être à l'extérieur comme à l'intérieur du bâtiment, être très visibles ou parfois presque invisibles, soit à cause des restaurations successives, soit par souci du bâtisseur de ne pas effrayer trop vite les entrants.

 Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), gauche du mur sud.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), façade occidentale.

Allez, un petit dernier jusqu'au prochain épisode !

Église de Fenioux (Deux-Sèvres), façade occidentale. (non, je ne me suis pas trompée, il y a bien un Fenioux dans les Deux-Sèvres) !!!!

textes et photos : Esla

 

 

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Le lapin

Publié le par Esla

 

 

S'il est un animal que le Moyen Âge a négligé en tant que symbole mais pourtant le représentant souvent, c'est bien le lapin (ou le lièvre).

Église de Bourg-Charente (Charente), modillon du chevet.

Très présent sur les modillons des églises de la Saintonge, il est généralement l'animal préféré de la chasse, quelle soit celle du chien comme celle de l'homme.

Église de Chalais (Charente),voussure du portail.

Si le cerf ou le sanglier sont des gibiers réservés aux nobles - un paysan qui chasserait ce type d'animal serait condamné à mort - le lapin est autorisé à la chasse pour tout un chacun ... à condition d'en demander l'autorisation au seigneur ...

Église de Contré (Charente-Maritime), archivolte du portail sud. Le chien (en haut) courre après les lapins (dessous).

Les romains considéraient le lapin comme symbole de fertilité, mais aussi de perfidie ...

Église de Corme-Ecluse (Charente-Maritime), clé d'un décor d'une fenêtre.

... l'Église du Moyen Âge réprimant ces penchants grivois, le lapin perdit tout intérêt et sa symbolique se cantonna autour du péché de paresse dont il est le totem sur la très belle fenêtre du Chevet de l'église de Matha-Marestay représentant les 7 péchés capitaux exprimés par des masques.

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), voussure de la fenêtre du chevet.

Il est fréquemment dessiné dans les marges des manuscrits enluminés, il est anthropomorphique et singe nos comportements les plus violents ou déviants.

 Miniature, dessin de marge, 12e siècle. Un juste retour des choses!

Miniature, décor de marge de manuscrit 12e siècle.

Il est aussi un animal rapide, fuyant, peureux et l'homme du Moyen Âge aime à le représenter en animal secondaire du quotidien.

Église de Fontenet (Charente-Maritime), rare élément restant de la voussure du portail, un lapin pris au collet.

Il est aussi, au même titre que les volailles ou les abeilles, un animal domestique élevé tant pour sa chair que sa fourrure.

 Église de La Jarne (Charente-Maritime), archivolte du portail.

dans un roman très populaire du 12e siècle : "le roman de renard", critique sociale où les protagonistes sont des animaux endossant des rôles d'humains , son identité porte le nom de "Couard".  il est considéré comme furtif, casanier et peu enclin à sympathiser avec les autres, Il préfère la pénombre de son terrier. Renart le héros ne lui fait pas confiance. Couard est colporteur de ragots et rumeurs.

Église de Macqueville (Charente-Maritime), Modillon de la nef nord.

Le fabuliste Esope très populaire au 12e siècle (dont La Fontaine s'inspirera au 17e siècle) fait du lapin un animal peu batailleur et servant fréquemment de souffre douleur à l'aigle ou à la belette.

Miniature du 13e siècle, livre de fables.

Enfin, parfois dans des fables et anecdotes colportées par les troubadours à la cour seigneuriale, on lui attribue d'étranges pouvoirs, la nuit tombée, où il danserait autour d'autels de pierre sous la lune pour appeler les démons ...

Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon du mur sud. Un lapin à la lune.

Textes et photos : Elsa

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La chasse au cerf

Publié le par Esla

On trouve de nombreuses représentations de chasse au cerf sur les églises romanes de la Saintonge. Laissez-moi vous en conter l'histoire ...

Église de Biron (Charente-Maritime), bandeau en façade.

Le cerf est un héritage des croyances antiques. Les Romains le considéraient comme médiocre, peureux à la chair molle et sans saveur. Ils laissaient ce gibier aux miteux ... Les Celtes et les Germains au contraire y voyaient un être solaire, lumineux, médiateur entre le ciel et la terre. Ses cornes particulièrement semblaient fascinantes. On disait même que le cerf était un musicien car il tenait entre sa ramure une lyre. Les Chrétiens y verront La Croix du Christ.

Église de Civray (Vienne), chapiteau du portail.

La chrétienté des 11e et 12e siècles va s’emparer de l’image du cerf et l’habiller de toutes les vertus ou presque. Dans le physiologus (bestiaire livresque en usage depuis l’Antiquité qui rassemblait tous les animaux connus – les vrais comme les « faux ») - les tailleurs d’images s’en inspiraient – dans le physiologus donc, voici ce qui est dit : Le cerf vit 1000 ans. Plus longtemps encore pour certains qui affirmaient au 11e siècle que l’animal avait connu Jules César (1er siècle) et Alexandre le grand (trois siècles avant J.-C.), que ces derniers l’avaient paré d’un collier d’or ; ce collier se serait, au moyen âge, incrusté sous la peau de l’animal tant celui-ci avait prospéré, grandit et grossit. La renaissance de ses bois que le cerf perd chaque année et qui repoussent toujours plus grands, plus touffus l’associe à la résurrection, au phénix.

Église de Rétaud (Charente-Maritime), modillons du chevet.

Il est selon Pline l’ancien le seul animal pouvant terrasser le serpent – le mal absolu – en lui soufflant dessus. De là à y ressentir le «souffle de Dieu »… Afin de le tuer, le cerf pousse le serpent dans un trou dans le sol, le remplit d’eau puis l’aspire et le mange. Le cerf doit alors se mettre rapidement à la recherche d’un point d’eau afin d’y boire car le venin du serpent est si puissant qu’il peut le tuer en quelques heures s’il ne se « purifie » pas. Certes, avaler le « grand mal » demandait quelques précautions ! on ne connaissait pas encore les cachets effervescents d’après cuite…

Église de Rioux (Charente-Maritime), modillons du chevet.

Le cerf possède aussi des vertus thérapeutiques ; l’animal n’a jamais la fièvre, et consommer sa chair un peu chaque jour en préserverait pour la vie, la prolongerait même. Il est le pire l’ennemi du serpent et se frotter le corps avec sa graisse empêcherait d’être attaqué par le reptile et de mourir sous sa morsure.

Église de Verrines (Deux-Sèvres), décor d'encoignure sur le chevet côté sud.

Église de Verrines (Deux-Sèvres), décor d'encoignure sur le chevet côté nord.

Son cuir est une aubaine. Les moines relieurs considéraient que la peau du cerf était la seule à être autorisée à couvrir les livres Saints. Elle transmettait ainsi aux textes toute la puissance et le rayonnement de son être.

Église Saint-Cybard d'Angoulème (Charente), bandeau de façade.

La Chrétienté en fait un être christique à l’égal de l’agneau ou la licorne. Il devient pour les chasseurs l’animal royal par excellence et sera réservé aux seigneurs et aux princes. Etre vilain (paysan) et chasser le cerf est passible de peine de mort. Lorsqu’un seigneur tue un cerf, il ne manque pas d’en offrir la peau aux religieux … une petite cuisse aussi, j’espère … mais l’histoire ne le dit pas. ! d'autre part, il est connu que les moines ne consomment pas ou peu de viandes.

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), chapiteau en façade.

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), chapiteau en façade (ces deux chapiteaux se répondent de gauche et droite du portail)

Et que les végétariens – dont je suis – ne s’énervent pas trop vite. Chasser à l’époque était une nécessité. D’ailleurs les religieux qui étaient contre toute forme de chasse considérant qu’elle servait avant tout à exacerber les penchants bestiaux de l’homme qui perdaient tout contrôle dans la course-poursuite et l’hallali (et ça, ça n’a pas changé), voyaient dans la chasse au cerf un moindre mal.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), décor du portail sud.

La Chrétienté va œuvrer pour rendre la chasse au cerf « royale » afin d’imposer sa vision du monde : chasser pour vivre et non pour jouir … ne trouver dans la chasse que l’intérêt basique de survivance « chasser pour vivre et non vivre pour chasser ».

Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), voussure du portail sud. Pourquoi est-ce le chien qui est le plus gros ? parce qu'à cette époque on ne connait pas encore la "perspective". Le représentation est symbolique : ce qui est le plus imposant est le plus fort. Le plus faible sera donc le plus petit ! à vous de juger qui gagnera à cette chasse ... 

La chasse au sanglier ou à l’ours (considérés comme symboles de puissance et de force par les chasseurs d’alors, signes de virilité et de courage) était bien plus meurtrière et sauvage. Les légendes et l’histoire de France rapportent maints témoignages où l’on mourait de blessures d’ours ou de sanglier, jamais de cerf. Le cerf fuyait plutôt que de charger et blessait moins et hors période de rut qui en faisait alors un terrible combattant, C’était un animal peureux, vivant dans les parties sombres des forêts, préférant se sacrifier plutôt que de lutter contre les chiens et aux dires des chasseurs, il n’offrait pas une transe inoubliable dans la chasse …

Église de Marignac (Charente-Maritime), Bandeau polychrome du choeur (intérieur), chasse au lion.

Quant au sagittaire, être hybride au buste d’homme et croupe de cheval (parfois d’âne), c’est une tout autre vision : Orgueilleux, belliqueux, colérique, alcoolique, il cumule à la période romane tous les défauts mais c’est aussi un chasseur émérite doté d’une énergie et d’une ténacité sans égal.

Église Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres), chapiteau du choeur, chasse au sanglier.

Hérité de la Rome Antique qui y voyait un être solaire, unissant par son arc le terrestre et le céleste, l’humain et le divin, le sagittaire symbolise pour le Chrétien la belle énergie humaine tout autant que son animalité. C’est un être qui doit sans cesse se dominer, s’amender, se mettre au service de l’autre. Une belle âme en quelque sorte qui doit apprendre, accepter l’enseignement et qu’il faut sans cesse contrôler, dompter, apprivoiser. C’est aussi ce qu’est ce païen se présentant pour la première fois devant l’église et que la Chrétienté reçoit afin d’en faire « un bon Chrétien ».

Église de Vaux-sur-Mer (Charente-Maritime), chapiteau du choeur, chasse à l'ours.

Et alors … la rencontre de ces deux protagonistes, la raison de leur chasse perpétuelle ?

Et bien, tout naturellement ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Le sagittaire sans cesse tenté par ses instincts poursuit l’animal qui porte les « couleurs » de la chrétienté. Celui qui doit apprendre poursuit celui qui sait … Nous sommes face à celui qui désire apprendre et vient demander au grand professeur de lui accorder son enseignement ; le païen à la recherche de Dieu.

Église Saint-Gilles-du-Gard (dept 30), décor de façade.

Et alors … pourquoi le sagittaire tire-il une flèche qui touche le cerf? Parce qu’il faut symboliser l’acte et pour que le sagittaire reçoive l’enseignement, il faut qu’il s’en nourrice, donc il doit se nourrir du gibier, nous sommes Gaulois que diable, il nous faut du concret. D’ailleurs regardez bien aucun des cerfs n’est mort. Ils continuent de courir, de lutter. Ils ne sont pas à terre, juste « lier » le temps que la connaissance se transfère de l’un à l’autre de la même manière que le sagittaire romain (et non roman) tirait l’arc vers le haut pour lier la terre et le ciel, avait-il pour autant tuer les étoiles ?

Église de Corme-Écluse (Charente-Maritime), chapiteau du 1er étage de la façade.

Parfois, entourés d’un cercle ou d’un huit, la scène sublime le lien qui soude éternellement ces deux êtres, unissant ainsi le temps d’une poursuite l’humain au divin, le matériel au spirituel.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), sur le zodiaque du portail.

textes et photos : Esla

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L'acrobate (premier épisode ...)

Publié le par Esla

Il n'est pas d'église en Saintonge qui ne possède son "acrobate". Il est tour-à-tour danseur accompagné de son musicien, personnage sexualisé et plus généralement, il est celui qui tente "le retournement" ...

Église de Rioux (Charente-Maritime), modillon du chevet, tête à l'envers, vu de dos, se tenant les pieds.

C'est celui qui tente "le retournement" et le réussi auquel nous nous intéressons aujourd'hui.

Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon de la nef sud. Ce ne sont pas des oreilles mais ses pieds reposant sur sa tête !

Très symbolique, cet humain qui s'expose dans des positions acrobatiques un peu partout - principalement sur des modillons - nous interpèle ...

Église de Champdolent (Charente-Maritime), modillon du chevet, le corps forme un arc ventre par dessus, tête proche de son entre jambe.

Pourquoi, une telle position ? pourquoi un tel effort ?

Église d'Aulnay-de-Saintonge-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon au-dessus du portail sud.

On parle ici de la conversion d'un païen vers la Chrétienté. Il s'agit de l'effort à fournir, de l'apprentissage, de la connaissance de son âme contenue dans son corps auquel il doit donner une leçon, qu'il doit maîtriser.

Église d'Esnandes (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Beaucoup de ces personnages sont présentés "entiers". On peut apprécier leur gestuelle, leur positionnement au sol et même tenter de les imiter comme le ferait un adepte d'un cours de gymnastique ou de yoga, fasse au professeur.

Église de Maillezais (Vendée), modillon de la façade.

Ils ont la plupart du temps un visage concentré, paisible et ne semblent pas souffrir de la position impossible qu'ils adoptent ...

Église de Melle Saint-Hilaire (Deus-Sèvres), modillon de la nef sud.

Ils nous offre une leçon : l'importance de cette conversion tant souhaitée par l'Église. Une sorte de résumé de l'effort d'évangélisation. Au 9e siècle moins de 7% de la population était baptisée et s'affichait chrétienne en Saintonge. A la fin du 12e siècle 95% de la population est évangélisée. On est Chrétien ou on n'existe pas.

Église de Surgères (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Toutes les représentations présentées ici montrent des conversions réussies. Les corps sont harmonieux, le corps souple ...

Église de Châteauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade. 

Celui de l'église de Chateauneuf-sur-Charente, cependant ne donne pas l'impression d'être totalement satisfait par le résultat. C'est le cas de beaucoup de représentations qui seront présentées dans un autre article.

Église de Champagne-Mouton (Charente), voussure du portail.

Il y a beaucoup d'élégance et de variété dans l'interprétation des entailleurs de l'époque romane qui se sont emparés de ce symbole pour illustrer un acte fédérateur : devenir Chrétien, le vouloir, choisir cette voie.

 Église de Bouhet (Charente-Maritime), modillon de la nef sud dans une encoignure.

Sur l'église de Bouhet, l'acrobate est auréolé de rayons de lumière qui symbolisent l'achèvement de sa conversion et sa joie d'y être parvenu.

Église de Loizé (Deux-Sèvres), chapiteau gauche du portail

Sur l'église de Loizé est une scène rare, le converti se fait aider. On comprend l'élève et le professeur communiant dans un même souhait : vivre et transmettre son expérience.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon du chevet nord.

A Aulnay, l'acrobate le plus célèbre de l'art roman européen. Un personnage prenant la position du "poirier". Il est nu, ce qui ajoute à la symbolique du retournement. Cette nudité parle de l'importance d'être pur, de se débarrasser de ses anciennes croyances afin de réussir sa conversion.

On voit sur les églises de la Saintonge - mais c'est un symbole que l'on retrouve sur nombre d'édifices romans à travers l'Europe - de nombreux acrobates. Et si ceux présentés aujourd'hui sont en train de conclure favorablement leur effort, il en est beaucoup d'autres qui se sont mélangés les articulations et sont bons pour repasser leurs examens.

Église d'Annepont (Charente-Maritime), modillon du chevet.

Avec mon mauvais penchant, et mon envie de polémique, je remarque qu'il n'y a aucune femme qui entame une conversion sur les églises. Ce sont toujours des hommes ... la femme n'a pas bonne image en cette époque à part si elle est Marie-sainte Vierge ou une vertu, ou même Eve ... mais leur statut dans l'Église les exempte de cet effort ... Pour nous pauvres terriennes, c'est une autre histoire ...

texte et photos : Esla

 

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Arrivée des rois mages ! BONNE ANNÉE 2026

Publié le par Esla

Avec un peu d'avance, je vous l'accorde - selon l'évangile de Matthieu, il arrivèrent pour célébrer la naissance de Jésus le 6 janvier en suivant l'étoile du berger - invitons, en plus de tous les hôtes du soir de réveillon, les rois mages !

Montmorillon (Vienne), la Maison-Dieu, frise de façade 12e siècle

Ils vinrent rendre hommage et fêter la naissance d'un prophète en traversant le désert vers le nord et allèrent à bethléem.

Église de Lignières-Sonneville (Charente), extrait du décor de façade.

Église de Lignières-Sonneville (Charente), décor de façade. À gauche, le songe de Joseph, au centre Marie porte l'enfant Jésus sur ses genoux, à droite l'arrivée des rois mages.

--> Il y a d'abord, Balthazar venu d'Arabie (le roi noir) qui offre l'encens ...

Église de Nuaillé-sur-Boutonne (Charente-Maritime), voussure du portail.

--> A sa suite, parait Melchior venu de Perse apportant l'or ...

Église de La Vergne (Charente-Maritime), vitrail du choeur de Adrien Baratte (1868-1940-, de Clermont-Ferrand.

--> puis approche Gaspard venu d'Asie offrant la myrrhe, une résine multicolore issue du commuphora-myrrha, arbuste tortueux du Yémen.

Église Saint-Pierre de Chauvigny (Vienne), chapiteau du choeur.

Pour arriver à bon port, ils ont suivi l'étoile du berger (qui en astronomie est la planète Vénus, indiquant toujours le nord), astre lumineux à l'aube et au crépuscule. Pourquoi "étoile du berger" ?

Église d'Antigny (Vienne), fresques de La Chapelle sud, 14e siècle. l'adoration des mages.

Parce que, de par sa particularité d'être surtout visible à l'oeil nu à l'aube et au crépuscule, elle rythmait la journée de travail des bergers qui commençait et finissait avec elle. Maintenant nous avons des montres connectées, c'est moins romantique !!!

Cathédrale de Poitiers (Vienne), décor de façade. image tirée du blog de Véronique D (overblog).

 

Suivez votre bonne étoile et ...

BONNE ANNÉE 2026 !

 

Textes et photos de Esla, exceptée la photo de la cathédrale de Poitiers.

 

 

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Repas de fête !

Publié le par Esla

 

 

Allez, il est temps de faire ses dernières courses, préparer le repas, c'est bientôt le grand soir ! :

... passer chez le boulanger ...

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade.

... puis aller à la boucherie ...

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade.

... à moins qu'un poisson style esturgeon ne soit plus approprié ...

Église de Saujon (Charente-Maritime), chapiteau déposé installé dans une chapelle de l'église.

Église de Saint-Fort-sur-Gironde (Charente-Maritime), modillon de la façade.

... sans oublier la boisson, qu'elle soit de vin ou d'eau, indispensable à un repas de fêtes ...

Église de Chateauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade.

Église de Saint-Savinien (Charente-Maritime), modillon de la façade au-dessus du portail.

Église de Sainte-Colombe (Charente), décor de façade : un ange s'abreuve à la source miraculeuse que sainte Colombe a fait jaillir.

... et attention de ne pas pousser jusqu'à l'ivresse entre la rasade chez le caviste jusqu'à la table dressée ... et se mettre la tête à l'envers !

Église de Givrezac (Charente-Maritime), modillon du chevet : l'ivresse tant décriée par l'Église !

... ne reste plus qu'à préparer le diner et dresser la table ...

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade : mois d'hiver, un homme prépare son repas au coin du feu.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), zodiaque, mois de décembre.

... et accueillir les convives ...

Église d'Argenton-les-Vallées (Charente), décor de façade : repas des disciples d'Émmaüs

Église de Foussais (Vendée), décor de la façade : le repas chez Simon. A ses pieds Marie-Madeleine lave les pieds de Jésus.

Église d'Antigny (Vienne), fresques de La Chapelle : le repas chez Simon.

Église de Saint-Pompain (Charente), mois de décembre, repas.

... et pensez à inviter TOUS les convives ... même s'ils vous paraissent ... bizarres !

C'est soir de partage, que diable ! 

 Église de Grézac (Charente-Maritime), décor de la façade, fable d'Ésope "le renard et la cigogne".

Bonne fêtes de fin d'année !

textes et photos : Esla

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Les écritures des sermons saintongeais

Publié le par Esla

Bien que 95% de la population de l'époque romane est analphabète, des mots viennent illustrer les scènes d'au moins deux voussures des sermons saintongeais de notre territoire. Une forme d'apprentissage, une première approche de l'écriture. C'est aussi une manière pour l'Église de poser les messages de pierres dans la réalité : "ce qui est gravé est réel" ! 

Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres) portail.

Le slogan "vu à la télé" qui valide le concret d'un message publicitaire n'a rien inventé !!!!

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail.

Sur la voussure du combat des vices et des vertus sont nommées les gagnants : le pire et son contraire :

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail.

IRA --> colère 

PACIENCIA --> patience

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail.

LUXURIA --> luxure

CASARITA --> chasteté

Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres) portail.

SUPERBIA --> orgueil

BUONITAS --> bonté

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail.

UTITAS --> avarice

LARGITAS --> libéralité

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail.

IDOLATRIA --> idolatrie

FIDES --> foi

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail.

DISCORDIA --> discorde

CONCORDIA --> concorde

Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres) portail.

Sur la voussure du zodiaque :

ACARIUS --> verseau (Lanuarius --> janvier)

PISCES --> poissons (februarius --> février)

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail.

ARIETIS --> bélier (Martius --> mars)

TAURUS --> taureau (aprilis --> avril)

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail.

GEMINI --> gémeaux (maius --> mai)

CANRCER --> cancer (Lunius --> juin)

LEO --> lion (Lulius --> juillet)

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail.

VIRGO --> vierge (augustus --> août)

LIBRA --> balance (september --> septembre)

Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres) portail.

ESCORPIUX - Scorpion (October --> octobre)

SAGITTARIUS --> sagittaire (November --> novembre)

CABRICOR--> capricorne (décember --> décembre)

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail.

Sortez vos dictionnaires LATIN-FRANÇAIS !!!

textes et photos : Esla

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d'autres "sermons saintongeais" ... partiels !

Publié le par Esla

Continuons la promenade autour des églises romanes affichant les extraits du sermon saintongeais (voir article précédent).

--> Sur l'église de Varaize (Charente-Maritime), voussures du portail sud  :

Les vices et les vertus (Varaire) :

Les anges (Varaize) : Ils sont installés sur l'archivolte du portail sud.

 

--> Sur l'église de Pont-L'Abbé-d'Arnoult (Charente-Maritime), voussure du portail central  :

Les vices et les vertus (Pont-l'Abbé-d'Arnoult) :

Les vierges sages et vierges folles (Pont-l'Abbé-d'Arnoult) :

Les anges, ici l'Agneau Pascal (Pont-l'Abbé-d'Arnoult) :

 

--> Sur l'église de Fontaines-d'Ozillac (Charente-Maritime), voussure du portail  :

Le combat des vices et des vertus (Fontaines-d'Ozillac) :

Les anges (Fontaines-d'Ozillac) :

 

--> Sur l'église de La Gripperie-Saint-Symphorien (Charente-Maritime), fenêtre de façade  :

Le combat des vices et des vertus (La Gripperie-Saint-Symphorien) :

 

--> Sur l'église de Pérignac (Charente-Maritime), décor en façade, statues alignées sur les arcatures du 1er étage  :

Le combat des vices et des vertus (Pérignac) :

 

--> Sur l'église de Notre-Dame-de-la-Couldre de Partenay (Deux-Sèvres), voussures du portail :

Le combat des vices et des vertus (Partenay-Notre-Dame-de-la-Couldre) :

 

--> Sur l'église de Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres), voussures du portail Nord  :

Le combat des vices et des vertus (Melle-Saint-Hilaire) :

 

--> Sur l'église de Saint-Pompain (Deux-Sèvres), voussures du portail : Le parti-pris pour sa restauration est particulière. Tout ce qui était trop dégradé a simplement disparu remplacé par des claveaux nus. Ne sont encore visibles que quelques éléments émergeant de la pierre lisse. Une étrange atmosphère se dégage de cet ensemble. À l'origine, Il y avait un zodiaque partagé entre les deux voussures extérieures, et le combat des vices et des vertus sur la 3ème voussure.

Le combat des vices et des vertus (Saint-Pompain) :

La prochaine fois, je vous traduis ce qui est écrit sur le sermon saintongeais .. promis !

textes et photos : Esla

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le "sermon saintongeais" !

Publié le par Esla

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail occidental.

Ce sermon saintongeais comme l'appelle les autochtones est un particularisme régional. Cette dénomination est apparue pour la première fois dans un bulletin d'une société savante locale de la fin du 19e siècle. Son auteur est anonyme. Mais le titre est resté populaire.

Cet ensemble iconographique se décline complet ou partiel sur trois ou cinq voussures en plein cintre de quelques églises romanes saintongeaises.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail occidental.

Il affiche une imagerie très structurée, leçon de morale à  l'intention du croyant en devenir : celle du cycle ternaire de l'existence humaine.

D'abord la vie matérielle illustrée par les travaux de tous les mois et les jours du paysan (voussure extérieure, le zodiaque) ; puis la vie spirituelle et chrétienne avec sa nécessaire vigilance et ses luttes constantes (combat des vices et des vertus, les vierges folles et vierges sages, voussures intérieures) ; enfin la vie céleste, récompense finale (les anges portant l'Agneau Pascal - voussure centrale).

Cette mise en scène est présentée dans un ordre aléatoire selon les églises, seul le zodiaque est toujours placé sur la voussure extérieure de cet ensemble.

  Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), portail occidental.

La voussure extérieure porte le zodiaque qui mois par mois égrène les activités humaines paysannes associées au signe céleste du mois de référence.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail occidental, le zodiaque, le sagittaire.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), zodiaque, récolte du miel au mois d'août (un essaim et le petit pot pour la récolte ). On aperçoit sur la gauche les épis de blés récoltés au mois de juillet.

Une voussure est consacrée au combat des vices et des vertus. cette allégorie dérive de l'oeuvre du poète chrétien du nom de Prudence, qui vivait en Espagne Au 4e siècle. Dans sa "psychomachie", nom donné à cette allégorie par les historiens, il représente l'âge humaine comme un champ clos où l'armée des vertus livre un incessant combat contre l'armée des vices.

Église de Chadenac (Charente-Maritime), voussure du portail, combat des vices et des vertus.

Cette allégorie est illustrée par des femmes casquées, armées et protégées derrière un écu piétinant et transperçant un personnage nabot, d'avance perdant!

Église de Civray (Vienne), portail occidental, combat des vices et des vertus.

Une voussure est consacrée à la parabole des vierges sages et des vierges folles. Il s'agit d'une parabole  rapportée par Matthieu (25,1-13).

Dix jeunes femmes attendent à la porte de l'époux à la nuit tombée (le Christ). Toutes ont des lampes à huile, mais seulement cinq d'entre elles ont pensé à prendre également de l'huile. Lorsque l'époux arrive, les cinq autres ne peuvent s'éclairer et courent acheter de l'huile. Lorsqu'elles reviennent, la porte s'est refermée sur l'époux et les vierges sages. Les cinq vierges "folles" ne peuvent entrer.

Église de Chadenac (Charente-Maritime), portail occidental, vierge folle.

Morale de l'histoire : "veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l'heure". Il faut être prêt à paraitre devant le Christ à tout instant. En résumé, il faut être prêt à son avenir !

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail occidental, vierge sage.

Les vierges sages portent leur lampe haute et verticale, les vierges folles ont les bras baissés dans des gestes d'affliction, la lampe en berne.

Une voussure est consacrée aux anges thuriféraires portant l'Agneau Pascal.

Église de Civray (Vienne), portail occidental, ange thuriféraire.

Des anges portés sur une nuée agitent des encensoirs ou au centre de la voussure portent à bout de bras la mandorle (l'amande) encerclant l'Agneau Pascal.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), portail occidental, voussure des anges.

Dans la verticalité du sermon saintongeais, en son centre, on peut lire Les éléments les plus puissants de cet ensemble : le signe du cancer représentant le solstice d'été (le jour le plus clair de l'année), le Christ bénissant (à côté la porte du paradis - fermée aux vierges folles), et l'Agneau Pascal, symbole de sa résurrection. 

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), portail occidental, détail.

On peut admirer le sermon saintongeais sur les églises de :

- Fenioux (Charente-Maritime), complet

- Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), complet 

- Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), complet mais le zodiaque est presque illisible

- Civray (Vienne), complet

- Cognac (Charente), ne reste visible que le zodiaque, les autres voussures ont été restaurées et "effacées"

- Chadenac (Charente-Maritime), incomplet, le zodiaque est absent de l'ensemble et les messages sont dispersés sur les voussures 

- Corme-Royal (Charente-Maritime), incomplet. Il manque le zodiaque. Une particularité sur la façade de cette église magnifique est la dispersion du sermon non sur le portail mais sur les voussures des fenêtres et en bandeau sur la façade.

Église de Corme-Royal (Charente-Maritime), voussure de la fenêtre de façade à gauche.

--> D'autres images et d'autres églises portant des éléments de ce sermon saintongeais dans un prochain article !

--> Viendront aussi dans un prochain article les explications des écritures qui sont gravées sur ces sermons saintongeais.

textes et photos : Esla

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