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L'acrobate (premier épisode ...)

Publié le par Esla

Il n'est pas d'église en Saintonge qui ne possède son "acrobate". Il est tour-à-tour danseur accompagné de son musicien, personnage sexualisé et plus généralement, il est celui qui tente "le retournement" ...

Église de Rioux (Charente-Maritime), modillon du chevet, tête à l'envers, vu de dos, se tenant les pieds.

C'est celui qui tente "le retournement" et le réussi auquel nous nous intéressons aujourd'hui.

Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon de la nef sud. Ce ne sont pas des oreilles mais ses pieds reposant sur sa tête !

Très symbolique, cet humain qui s'expose dans des positions acrobatiques un peu partout - principalement sur des modillons - nous interpèle ...

Église de Champdolent (Charente-Maritime), modillon du chevet, le corps forme un arc ventre par dessus, tête proche de son entre jambe.

Pourquoi, une telle position ? pourquoi un tel effort ?

Église d'Aulnay-de-Saintonge-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon au-dessus du portail sud.

On parle ici de la conversion d'un païen vers la Chrétienté. Il s'agit de l'effort à fournir, de l'apprentissage, de la connaissance de son âme contenue dans son corps auquel il doit donner une leçon, qu'il doit maîtriser.

Église d'Esnandes (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Beaucoup de ces personnages sont présentés "entiers". On peut apprécier leur gestuelle, leur positionnement au sol et même tenter de les imiter comme le ferait un adepte d'un cours de gymnastique ou de yoga, fasse au professeur.

Église de Maillezais (Vendée), modillon de la façade.

Ils ont la plupart du temps un visage concentré, paisible et ne semblent pas souffrir de la position impossible qu'ils adoptent ...

Église de Melle Saint-Hilaire (Deus-Sèvres), modillon de la nef sud.

Ils nous offre une leçon : l'importance de cette conversion tant souhaitée par l'Église. Une sorte de résumé de l'effort d'évangélisation. Au 9e siècle moins de 7% de la population était baptisée et s'affichait chrétienne en Saintonge. A la fin du 12e siècle 95% de la population est évangélisée. On est Chrétien ou on n'existe pas.

Église de Surgères (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Toutes les représentations présentées ici montrent des conversions réussies. Les corps sont harmonieux, le corps souple ...

Église de Châteauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade. 

Celui de l'église de Chateauneuf-sur-Charente, cependant ne donne pas l'impression d'être totalement satisfait par le résultat. C'est le cas de beaucoup de représentations qui seront présentées dans un autre article.

Église de Champagne-Mouton (Charente), voussure du portail.

Il y a beaucoup d'élégance et de variété dans l'interprétation des entailleurs de l'époque romane qui se sont emparés de ce symbole pour illustrer un acte fédérateur : devenir Chrétien, le vouloir, choisir cette voie.

 Église de Bouhet (Charente-Maritime), modillon de la nef sud dans une encoignure.

Sur l'église de Bouhet, l'acrobate est auréolé de rayons de lumière qui symbolisent l'achèvement de sa conversion et sa joie d'y être parvenu.

Église de Loizé (Deux-Sèvres), chapiteau gauche du portail

Sur l'église de Loizé est une scène rare, le converti se fait aider. On comprend l'élève et le professeur communiant dans un même souhait : vivre et transmettre son expérience.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon du chevet nord.

A Aulnay, l'acrobate le plus célèbre de l'art roman européen. Un personnage prenant la position du "poirier". Il est nu, ce qui ajoute à la symbolique du retournement. Cette nudité parle de l'importance d'être pur, de se débarrasser de ses anciennes croyances afin de réussir sa conversion.

On voit sur les églises de la Saintonge - mais c'est un symbole que l'on retrouve sur nombre d'édifices romans à travers l'Europe - de nombreux acrobates. Et si ceux présentés aujourd'hui sont en train de conclure favorablement leur effort, il en est beaucoup d'autres qui se sont mélangés les articulations et sont bons pour repasser leurs examens.

Église d'Annepont (Charente-Maritime), modillon du chevet.

Avec mon mauvais penchant, et mon envie de polémique, je remarque qu'il n'y a aucune femme qui entame une conversion sur les églises. Ce sont toujours des hommes ... la femme n'a pas bonne image en cette époque à part si elle est Marie-sainte Vierge ou une vertu, ou même Eve ... mais leur statut dans l'Église les exempte de cet effort ... Pour nous pauvres terriennes, c'est une autre histoire ...

texte et photos : Esla

 

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Le pélican

Publié le par Esla

Cet animal d'Egypte, du bord du Nil, est un modèle selon l'Église. Blanc, très propre, il est considéré plein de piété et de vertu. Il est l'image du sacrifice.

Enluminure, médiathèque de Troyes, ms 177, f144v

Si ses petits meurent pour une raison ou une autre, la mère pélican se perce le poitrail avec son bec et, en les arrosant de son sang, les ressuscite. 

Église de Villiers-sous-Chizé (Deux-Sèvres), église en ruine, voussure d'une ancienne fenêtre.

Il est l'image du Christ saignant sur sa croix pour racheter nos péchés ou de Dieu ressuscitant son fils trois jours après sa mort.

Extrait du vitrail dit "de la litanie des saints" de La Chapelle sud de l'église de Saint-Jean-d'Angle (Charente-Maritime), auteur inconnu contemporain.

le pélican devient ainsi le symbole de la résurrection.

Église de Lusignan (Vienne), voussure du portail sud sous le porche.

dans certains écrits, il est raconté dans un drame familial : "quelques jours après leur naissance les jeunes pélicans sont affamés. Ils frappent leurs parents avec leur petit bec pointu. Agacé, le père les frappe et oubliant sa force, les tue. Honteux, il s'éloigne du nid et va faire pénitence. la mère désespérée pousse des cris, bat des ailes, se perce le flanc et inonde ses enfants de son sang. Les bébés renaissent ..."

Cathédrale de Metz, fronton du portail

"... épuisée la mère se couche au fond du nid et se prépare à mourir. Ingrats certains des petits la laissent dans cet état, mais d'autres, plus généreux et reconnaissants, vont lui chercher de la nourriture pour qu'elle retrouve sa vigueur. Lorsque le père revient et apprend la conduite de ses fils, il châtie les mauvais et récompense les bons". Les bonnes âmes seront accueillies près de Dieu, les mauvaises âmes seront punies aux enfers !

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.

Il y a selon les physiologus (manuscrits regroupant toutes les connaissances sur la faune et la flore médiévale), deux variétés de pélicans. Le premier vit dans les rivières et mange des poissons ...

Enluminure du Natura rerum de la bibliothèque municipale de Valenciennes, ms 320 f.105r.

... l'autre vit dans les champs et se nourrit de serpents, de lézards et d'autres bêtes venimeuses.

Enluminure du Natura rerum de la bibliothèque municipale de Valenciennes, ms 101 f.196v.

Les seigneurs et puissants ont souvent intégré le pélican et ses enfants sur leur armoiries pour rappeler leur attachement à la couronne de France et/ou leur loyauté envers les plus faibles.

texte et photos de Esla

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Le paon !

Publié le par Esla

Le bestiaire médiéval n'est pas tendre avec le paon. 

Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail.

Il le trouve certes très beau, aux couleurs vives et chatoyantes, au portail bombé bleu roi, au plumage extraordinaire, à la queue ornée d'au moins 40 yeux ... Mais ...

Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussures du portail.

... son cri est épouvantable, qui ne peut-être qu'hérité du diable. Les yeux de sa queue, un rappel constant de l'oeil scrutateur ... peut-être de Dieu ... dont le vaniteux craint le jugement ...

Église Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), chapiteau extérieur d'une fenêtre du choeur.

C'est un animal imbu de son allure, ce trouvant très attirant, et pourtant plein de rancoeur car s'il est fier de son apparence, il ressent pour ses pieds très laids une grande honte au point qu'il les cache dans la vase. Et sa honte vient qu'il a conscience qu'il marche dans la fange de ses péchés à l'égal de l'homme pécheur qui ne reconnait pas ses erreurs.

Église de Nieul-sur-l'Autise (Vendée), chapiteaux du portail.

Les bestiaires expliquent que ce sont des oiseaux rares. D'abord parce que malgré la beauté du mâle qui s'évertue à faire la roue - présentant ainsi son anus disgracieux - pour séduire les femelles, elles ne sont guère intéressées ; cela expliquerait qu'ils se reproduisent peu. Ensuite parce qu'à force de se faire rembarrer, il houspille les femelles jusque dans leurs nids et, si elles couvent, écrasent les oeufs par sa gaucherie.

Église de Tanzac (Charente-Maritime), modillon du chevet.

Et cette rareté ajoute à l'intérêt que les gens de pouvoir et d'argent ont pour le paon. Pour décorer les tables de banquet des princes et des nobles, on l'exhibe cuit et décoré de ses plumes au centre des plats servis. Le paon le sait - affirme les bestiaires- il en tire une grande fierté.

enluminure, 12e siècle. paon faisant la roue.

Mais on ne mange pas sa chair de mauvais gout, sentant fort et coriace. Tout est dans l'apparence ...

enluminure, natura rerum, bibliothèque municipale de Valenciennes, 320 f. 105v.

Les romains virent sur sa queue 100 yeux attribués à Junon, que Héra à sa mort, offrit à l'oiseau. Pour les naturalistes du moyen Âge sous l'influence de l'Église, il devient le symbole de la fatuité de l'homme cherchant sans cesse à se singulariser, prompte à séduire par tous les moyens, privilégiant l'apparence et non la conscience et la moralité !

enluminure, natura rerum, bibliothèque municipale de Valenciennes, 101 f. 186v.

Ah vanité, quand tu nous tiens !!!!

textes et photos : Esla

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Le coq !

Publié le par Esla

Le coq est dans la symbolique médiévale, un oiseau ambivalent faisant partie des animaux domestiques. Au Moyen Âge est qualifié de domestique tout animal qui vit autour des habitats et partagent, de proche ou de loin, leur quotidien. L'abeille, la mouche, le moineau comme le porc ou le chien sont classifiés domestiques.

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.

les bestiaires (ouvrages regroupant l'ensemble du règne animal répertorié : animaux "vrais" comme "mythiques") voient en lui un animal familier, chanteur sans véritable nuance. - plutôt un cri qu'un chant d'ailleurs, souvent raillé. On le dit sans mystère. Il est considéré courageux, défendant vaillamment son poulailler et ses femelles, n'hésitant pas à affronter plus fort que lui si nécessaire. Il est dit l'ennemi du renard, du loup et même du lion.

Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail. Un coq suivi d'un porc.

mais à contrario on le qualifie aussi de vaniteux, sans reconnaissance pour autrui, lubrique, pratiquant le coït d'une poule à l'autre toute la journée, et cependant qualifié de "sensuel". On le dit fat et fier de ses plumes, de sa crête et de son jabot qu'il affiche fièrement. Il est convaincu de son irrésistible beauté ! Il marche comme un paon, tenterait même de faire la roue sans y parvenir. C'est aussi un jaloux reignant sans partage sur sa base-cour. 

Église de Gensac-la-Pallue (Charente), frise de la façade.

Son chant est familier aux voyageurs et aux pèlerins qui, lorsqu'ils l'entendent, en déduisent qu'ils sont proches d'un village où trouver refuge. C'est un son familier, rassurant. Il chante à heure fixe ce qui en fait un guide qui rythme le jour et les travaux à y accomplir.

Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussure de la porte nord.

D'abord attribué à saint Pierre parce que le coq chanta par trois fois pour souligner son reniement à Jésus - attribut plus tard remplacé par les clés - le coq est l'image du repentir et de la pénitence pour le chrétien. 

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), vitrail de Gesta 19e siècle.

les premiers coqs installés aux clochers des églises, dès avant l'an mille l'étaient sur les églises dédiées à Saint-Pierre. Par la suite cet usage s'étendit sur la plupart des églises chrétiennes romaines, l'oiseau "de Pierre" devenant l'oiseau vigilant surveillant les alentours et par son chant/cri éloignant les forces du mal. Et s'il chante aussi la nuit c'est pour apeurer les démons et les voleurs. S'il chante le jour s'est pour encourager le travailleur à la tâche dès potron-minet !

Église de Beauvais-sur-Matha (Charente-Maritime), girouette installée à la restauration du toit du clocher en 1999 et presque aussitôt disparue. l'oiseau s'est envolé !

Certains chroniqueurs à la fin du Moyen Âge (fin du 15e siècle) firent du coq l'emblème du roi de France, et de la France elle-même. L'entourage de François 1er (149-1547) mettra en scène un véritable programme construit sur la symbolique du coq de cette époque : lucide, fier, courageux, solaire. Le coq est aujourd'hui encore le symbole de la France.

Église de Barret (Charente), décor du portail.

le coq devenu vieux est oublieux, distrait, négligent ; on dit au Moyen Âge pour quelqu'un qui à la mémoire courte "qu'il a une mémoire de vieux coq". Le vieux coq médiéval se met à pondre des oeufs plus petits et plus ronds que ceux de la poule. Et si par le plus grand des hasards, ces oeufs sont couvés par un aspic (petite vipère noire) ou tout autre animal vénéneux comme le dragon, nait un être terrifiant : le basilic, mi-coq mi-serpent, au corps empli de venin et au regard tueur. Si l'on croise le regard du basilic, on meurt instantanément. 

Église de Chadenac (Charente-Maritime), voussure du portail, basilic.

Merci à Michel Pastoureau pour son immense culture et ses écrits sur le bestiaire du Moyen Âge. Il a écrit une phrase magnifique qui décrit bien la notion de l'animal médiéval ne faisant pas la différence entre réalité et fantastique "le réel est une chose, le vrai en est une autre" !

textes et photos : Esla

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Le vitrail en Vals de Saintonge

Publié le par Esla

Un livre pour découvrir les vitraux de ce coin de la Charente-Maritime !

 

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