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peches capitaux

Les péchés capitaux : la luxure

Publié le par Esla

Les 7 péchés sont la base de la morale chrétienne du Moyen Âge et largement diffusés dans les décors romans. Parfois présentés par des masques expressifs, ils sont aussi symbolisés par des animaux totems mythiques ou réels, héritage de religions polythéistes (celtique, grecque, germanique, romaine ...) que la Chrétienté a su recycler, absorber et rendre à ses récents adeptes. Une manière de rassurer et de séduire les plus rebelles à abandonner leur appartenance à une foi plus ancienne.

Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), modillon du portail sud.

la luxure est un péché très "apprécié" par les entailleurs pendant la période romane, d'autant qu'il est plutôt bien accepté dans la société et même dans une certaine mesure par l'Église, qui si elle réprime sévèrement le péché de chair hors mariage, n'en n'est pas moins tolérante d'une faiblesse très "humaine". Fleurissent sur les édifices romans des modillons - outre les masques - offrant des scènes peu équivoques.

Église de Marignac (Charente-Maritime) chapiteau intérieur. Un couple semble en harmonie, mais la dame fait discrètement signe à son amant !

N'est-il pas dit dans les textes un "croissez et multipliez" qui en dit long sur la nécessité de l'acte sexuel. Certes l'Église le codifie, l'organise, le cadre dans un contexte acceptable pour la moralité ; tente de le contrôler en vain. Les bordels où se réfugient des femmes désavouées, jetées à la rue, répudiées ou simplement veuves sans famille ni revenus, datent de cette époque et l'Église participe (soutien) à leur activité.

Église de Civray (Vienne) modillon de la façade.

Outre que l'Église ne peut pas être sous chaque porte cochère, derrière chaque église ou à côté de chaque mari ou femme adultère, elle voit s'ouvrir dans chaque village qu'elle a aidé à développer, des maisons closes que les religieux comme les laïcs pratiquent. Elles sont pour ces femmes que la société rejettent souvent injustement le seul échappatoire à la clochardise ; les couvents étant réservées aux femmes de la riche bourgeoisie et de la noblesse.

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), Voussure de la fenêtre du choeur : le masque et l'animal totem qui symbolise le péché de luxure : la sirène oiseau ou la sirène poisson.

De même, il n'est pas rare dans cette époque romane (11e et 12e siècle) de voir des religieux - hors monastères - prendre femme et maîtresses. le libertinage est un défaut qui s'affiche en et hors les "murs". du bien pensant. D'autant que cette époque est moins puritaine que ne le sera le 13e siècle et les suivants ... pour parvenir au 19e siècle à une asphyxie par l'intolérance.

Église de Traité (Vienne) modillon de la façade.

C'est d'ailleurs au 19e siècle que la scène biblique de la faute d'Adam et Eve passera d'une interprétation du péché de gloutonnerie (parce qu'ils mangèrent le fruit défendu --> donc qu'ils mangèrent plus que nécessaire), au péché de luxure (parce qu'ils étaient nus !) en oubliant que c'était Dieu lui-même qui les avait fait ainsi. Oublié l'Eden et son climat tempéré qui n'exigeait aucun vêtement pour se protéger du froid, oublié la liberté de deux êtres qui n'avaient rien à cacher ... juste leur immense curiosité !

chocking !

Église de Surgères (Charente-Maritime) modillon de façade.

Des portraits de femme jeune, les cheveux défaits sur les épaules sont une représentation fréquente du péché de luxure et une alternative aux masques - héritage romain - souvent plus énigmatiques. Les femmes "propres" sont équipées d'un voile (sur les cheveux) et d'un gorget (tissu englobant le menton et le cou) ; ou encore d'une coiffe ou d'une couronne et des cheveux visibles, soit, mais très ordonnés. Ces jeunes femmes- de petite vertu dira le poète - souvent jolies affichent une certaine "compassion" pour ce péché que les entailleurs devaient trouver "gracieux".

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime) modillon du portail occidental.

La sirène/poisson (parfois oiseau) est l'animal totem le plus utilisé : monstre marin, mi femme ou homme, mi poisson (originaire du grand nord) ou mi-oiseau (originaire de la Grèce). Elle attire par ses chants et douces paroles les marins qui vont échouer leur navire sur les récifs et périssent. Elle représente la séduction dangereuse des illusions et la tentation née de la chair. Dans l'art roman elle personnifie les trois concupiscences, penchants à jouir des biens terrestres : gourmandise - luxure - paresse et est l'emblème de la volupté.

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente) chapiteau du portail.

On la retrouve sur la majorité des églises de la Saintonge romane portant le fardeau de nos faiblesses corporelles et affectives ; tour à tour arrogante, drôle, fragile et séduisante.

Église de Rétaud (Charente-Maritime) chapiteau de la façade.

A l'époque romane, la sirène est invariablement femelle ou mâle, tenant parfois un poisson dans ses mains : la faiblesse piégée ... et souvent affublée d'une longue tresse : qui pourrait être, bien caché, son compagnon de "fortune" : le serpent (grand tentateur) ; élément phallique ou corde qui lie l'homme séduit par son charme.

Église de Foussais (Vendée) détail de la voussure du portail.

Église de Surgères (Charente-Maritime) métope de façade.

Une sirène qui se tient la queue peut signifier l'importance de contraindre ses pulsions et tenter de réparer ses fautes.

Église de Macqueville (Charente-Maritime) chapiteau intérieur. Une sirène aux longs cheveux porte un poisson à bout de bras.

Église de Nieul-sur-L'Autise (Vendée) chapiteau du portail. Sansom et Dalila.

La scène biblique qui raconte le moment ou Dalila coupe les cheveux de Sansom pendant son sommeil afin de lui ôter sa force personnifie le péché de luxure. Car si Sansom n'avait pas succomber à son charme et révéler son secret ... rien ne serait arrivé ... enfin c'est ce que disent les textes !

Église de Puyrolland (Charente-Maritime) chapiteau du portail. une sirène pécheresse.

Église de Contré (Charente-Maritime) modillon du chevet. Madame !

les nombreux décors sexualisés, particulièrement sur les modillons, que l'on rencontre pratiquement sur toutes les églises romanes de la Saintonge ne sont pas un rappel des débordements de la luxure. Plus sûrement une tradition grivoise des tailleurs de pierre qui trouvaient à l'arrière des édifices, sur les chevets souvent côté nord et dans des coins sombres un terrain favorable à quelques libertinages. C'est une histoire qui reste d'actualité !

Église de Givrezac (Charente-Maritime) modillon du chevet. Monsieur !

Cette abondance de sexes masculins et féminins, franchement affichés est porteur d'un message. Il parle du côté animal de l'être humain qui peut l'envahir à tout moment. Le rôle du Chrétien est de lutter afin que cet aspect animal soit dompté par l'âme, la pensée, l'intelligence humaine.

La luxure sous toutes ses formes exprimées était un péché très populaire à l'époque romane !!

textes et photos : Esla 

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Les péchés capitaux : la gloutonnerie !

Publié le par Esla

Par erreur, et influencé par le catholicisme puritain du 19e siècle, le péché de gloutonnerie est devenu le péché de gourmandise

Nul texte religieux n'affirme que manger avec plaisir est interdit. La Bible a elle seule déborde de mets fastueux, de recettes gourmandes et de tablées festives.

Ce péché, tant décrié par l'Église et présent sur nombre d'églises romanes sous la forme de masques joufflus et porcins, était avant tout un avertissement sanitaire ... C'est l'excès qui y est dénoncé.

Église de Triaize (Vendée), modillon de la façade.

Même si les locataires des monastères avaient fait voeu de chasteté, de retenue et de pauvreté, la table monacale était généralement abondante. Il n'était pas rare d'y croiser des moines bedonnants. Il était donc nécessaire d'adresser un message ferme.

Église de Civray (Vienne), modillon de la façade.

La gourmandise n'a jamais été considérée impure. La gloutonnerie, c'est-à-dire de "vivre pour manger et non manger pour vivre" -  voir le Tartuffe de Molière), SI !

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon au-dessus du portail occidental.

Il fallait donc, réguler les appétits ... tous les appétits !

Église de Barret (Charente), chapiteau du portail. Cette représentation montre Adam sous le charme du serpent recevant le fruit défendu dans sa main (Eve est à droite). Petit détail amusant, le démon à gauche d'Adam lui fait un croche-pied, ce qui augure de la conséquence de cette scène de la "pomme" par la "chute de l'Eden". Il faut être pragmatique, comment pourrait-on avaler que croquer une pomme nous fera chuter du paradis ... allons ! Le croche-pied est une explication bien plus plausible !

Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), modillon au-dessus de la porte sud. Certainement une des plus beaux masques représentant la gloutonnerie - les sept péchés capitaux sont représentés sur cette église !

C'est ainsi que la faute originelle n'est pas comme on pourrait le penser l'extrapolation du péché de luxure Mais bien celui de la "gourmandise". Si Eve ne s'était pas laissée séduire par la promesse de Serpent du délice qu'était le fruit défendu, nul doute que le monde n'aurait pas été le même ... mais là encore le puritanisme du 19e siècle tisse sa toile ... puisque Adam et Eve, suite à la Faute se cache le sexe, c'est donc par là - traduit l'Église de l'époque - qu'est entré le péché qui aura des conséquences terribles !

Quoi que ? ... croquer le fruit de la connaissance ... et que ce soit Madame qui ait instruit la chose ... et ait eu la gentillesse d'en faire profiter Monsieur ... où est le mal après tout , Selon les textes, c'est la Chute qui permit le développement de l'humanité sur terre ... selon les textes s'entend ... après tout, pas si mal !

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), voussure de la fenêtre centrale du chevet. La voussure extérieure de cette très belle fenêtre porte l'ensemble des péchés capitaux et leur animal-totem. Sur cette photo le péché de gloutonnerie à gauche représenté par un masque barbu empâté est  accompagné de son animal-totem : le serpent ; celui par qui le malheur est arrivé.

La gloutonnerie n'a pas à proprement parlé d'animal-totem, Le serpent qui le représente parfois est lié à la faute originelle et par voie de conséquence la gloutonnerie. Le cochon parfois s'invite, plus rarement encore le chien.

Église de Surgères (Charente-Maritime), métope de la façade.

Cette scène étrange presque théâtrale d'un humain poignardant un chien à la gueule est unique. Il peut être question de la gloutonnerie certes, mais pourquoi pas, d'une punition de la mauvaise parole, ... ou encore d'un homme terrassant un dangereux animal ... aucun des protagonistes de cette scène cependant ne semble lutter l'un contre l'autre ...

bon appétit !

texte et photos : Esla

 

 

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