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La chasse au cerf

Publié le par Esla

On trouve de nombreuses représentations de chasse au cerf sur les églises romanes de la Saintonge. Laissez-moi vous en conter l'histoire ...

Église de Biron (Charente-Maritime), bandeau en façade.

Le cerf est un héritage des croyances antiques. Les Romains le considéraient comme médiocre, peureux à la chair molle et sans saveur. Ils laissaient ce gibier aux miteux ... Les Celtes et les Germains au contraire y voyaient un être solaire, lumineux, médiateur entre le ciel et la terre. Ses cornes particulièrement semblaient fascinantes. On disait même que le cerf était un musicien car il tenait entre sa ramure une lyre. Les Chrétiens y verront La Croix du Christ.

Église de Civray (Vienne), chapiteau du portail.

La chrétienté des 11e et 12e siècles va s’emparer de l’image du cerf et l’habiller de toutes les vertus ou presque. Dans le physiologus (bestiaire livresque en usage depuis l’Antiquité qui rassemblait tous les animaux connus – les vrais comme les « faux ») - les tailleurs d’images s’en inspiraient – dans le physiologus donc, voici ce qui est dit : Le cerf vit 1000 ans. Plus longtemps encore pour certains qui affirmaient au 11e siècle que l’animal avait connu Jules César (1er siècle) et Alexandre le grand (trois siècles avant J.-C.), que ces derniers l’avaient paré d’un collier d’or ; ce collier se serait, au moyen âge, incrusté sous la peau de l’animal tant celui-ci avait prospéré, grandit et grossit. La renaissance de ses bois que le cerf perd chaque année et qui repoussent toujours plus grands, plus touffus l’associe à la résurrection, au phénix.

Église de Rétaud (Charente-Maritime), modillons du chevet.

Il est selon Pline l’ancien le seul animal pouvant terrasser le serpent – le mal absolu – en lui soufflant dessus. De là à y ressentir le «souffle de Dieu »… Afin de le tuer, le cerf pousse le serpent dans un trou dans le sol, le remplit d’eau puis l’aspire et le mange. Le cerf doit alors se mettre rapidement à la recherche d’un point d’eau afin d’y boire car le venin du serpent est si puissant qu’il peut le tuer en quelques heures s’il ne se « purifie » pas. Certes, avaler le « grand mal » demandait quelques précautions ! on ne connaissait pas encore les cachets effervescents d’après cuite…

Église de Rioux (Charente-Maritime), modillons du chevet.

Le cerf possède aussi des vertus thérapeutiques ; l’animal n’a jamais la fièvre, et consommer sa chair un peu chaque jour en préserverait pour la vie, la prolongerait même. Il est le pire l’ennemi du serpent et se frotter le corps avec sa graisse empêcherait d’être attaqué par le reptile et de mourir sous sa morsure.

Église de Verrines (Deux-Sèvres), décor d'encoignure sur le chevet côté sud.

Église de Verrines (Deux-Sèvres), décor d'encoignure sur le chevet côté nord.

Son cuir est une aubaine. Les moines relieurs considéraient que la peau du cerf était la seule à être autorisée à couvrir les livres Saints. Elle transmettait ainsi aux textes toute la puissance et le rayonnement de son être.

Église Saint-Cybard d'Angoulème (Charente), bandeau de façade.

La Chrétienté en fait un être christique à l’égal de l’agneau ou la licorne. Il devient pour les chasseurs l’animal royal par excellence et sera réservé aux seigneurs et aux princes. Etre vilain (paysan) et chasser le cerf est passible de peine de mort. Lorsqu’un seigneur tue un cerf, il ne manque pas d’en offrir la peau aux religieux … une petite cuisse aussi, j’espère … mais l’histoire ne le dit pas. ! d'autre part, il est connu que les moines ne consomment pas ou peu de viandes.

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), chapiteau en façade.

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), chapiteau en façade (ces deux chapiteaux se répondent de gauche et droite du portail)

Et que les végétariens – dont je suis – ne s’énervent pas trop vite. Chasser à l’époque était une nécessité. D’ailleurs les religieux qui étaient contre toute forme de chasse considérant qu’elle servait avant tout à exacerber les penchants bestiaux de l’homme qui perdaient tout contrôle dans la course-poursuite et l’hallali (et ça, ça n’a pas changé), voyaient dans la chasse au cerf un moindre mal.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), décor du portail sud.

La Chrétienté va œuvrer pour rendre la chasse au cerf « royale » afin d’imposer sa vision du monde : chasser pour vivre et non pour jouir … ne trouver dans la chasse que l’intérêt basique de survivance « chasser pour vivre et non vivre pour chasser ».

Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), voussure du portail sud. Pourquoi est-ce le chien qui est le plus gros ? parce qu'à cette époque on ne connait pas encore la "perspective". Le représentation est symbolique : ce qui est le plus imposant est le plus fort. Le plus faible sera donc le plus petit ! à vous de juger qui gagnera à cette chasse ... 

La chasse au sanglier ou à l’ours (considérés comme symboles de puissance et de force par les chasseurs d’alors, signes de virilité et de courage) était bien plus meurtrière et sauvage. Les légendes et l’histoire de France rapportent maints témoignages où l’on mourait de blessures d’ours ou de sanglier, jamais de cerf. Le cerf fuyait plutôt que de charger et blessait moins et hors période de rut qui en faisait alors un terrible combattant, C’était un animal peureux, vivant dans les parties sombres des forêts, préférant se sacrifier plutôt que de lutter contre les chiens et aux dires des chasseurs, il n’offrait pas une transe inoubliable dans la chasse …

Église de Marignac (Charente-Maritime), Bandeau polychrome du choeur (intérieur), chasse au lion.

Quant au sagittaire, être hybride au buste d’homme et croupe de cheval (parfois d’âne), c’est une tout autre vision : Orgueilleux, belliqueux, colérique, alcoolique, il cumule à la période romane tous les défauts mais c’est aussi un chasseur émérite doté d’une énergie et d’une ténacité sans égal.

Église Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres), chapiteau du choeur, chasse au sanglier.

Hérité de la Rome Antique qui y voyait un être solaire, unissant par son arc le terrestre et le céleste, l’humain et le divin, le sagittaire symbolise pour le Chrétien la belle énergie humaine tout autant que son animalité. C’est un être qui doit sans cesse se dominer, s’amender, se mettre au service de l’autre. Une belle âme en quelque sorte qui doit apprendre, accepter l’enseignement et qu’il faut sans cesse contrôler, dompter, apprivoiser. C’est aussi ce qu’est ce païen se présentant pour la première fois devant l’église et que la Chrétienté reçoit afin d’en faire « un bon Chrétien ».

Église de Vaux-sur-Mer (Charente-Maritime), chapiteau du choeur, chasse à l'ours.

Et alors … la rencontre de ces deux protagonistes, la raison de leur chasse perpétuelle ?

Et bien, tout naturellement ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Le sagittaire sans cesse tenté par ses instincts poursuit l’animal qui porte les « couleurs » de la chrétienté. Celui qui doit apprendre poursuit celui qui sait … Nous sommes face à celui qui désire apprendre et vient demander au grand professeur de lui accorder son enseignement ; le païen à la recherche de Dieu.

Église Saint-Gilles-du-Gard (dept 30), décor de façade.

Et alors … pourquoi le sagittaire tire-il une flèche qui touche le cerf? Parce qu’il faut symboliser l’acte et pour que le sagittaire reçoive l’enseignement, il faut qu’il s’en nourrice, donc il doit se nourrir du gibier, nous sommes Gaulois que diable, il nous faut du concret. D’ailleurs regardez bien aucun des cerfs n’est mort. Ils continuent de courir, de lutter. Ils ne sont pas à terre, juste « lier » le temps que la connaissance se transfère de l’un à l’autre de la même manière que le sagittaire romain (et non roman) tirait l’arc vers le haut pour lier la terre et le ciel, avait-il pour autant tuer les étoiles ?

Église de Corme-Écluse (Charente-Maritime), chapiteau du 1er étage de la façade.

Parfois, entourés d’un cercle ou d’un huit, la scène sublime le lien qui soude éternellement ces deux êtres, unissant ainsi le temps d’une poursuite l’humain au divin, le matériel au spirituel.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), sur le zodiaque du portail.

textes et photos : Esla

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L'acrobate (premier épisode ...)

Publié le par Esla

Il n'est pas d'église en Saintonge qui ne possède son "acrobate". Il est tour-à-tour danseur accompagné de son musicien, personnage sexualisé et plus généralement, il est celui qui tente "le retournement" ...

Église de Rioux (Charente-Maritime), modillon du chevet, tête à l'envers, vu de dos, se tenant les pieds.

C'est celui qui tente "le retournement" et le réussi auquel nous nous intéressons aujourd'hui.

Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon de la nef sud. Ce ne sont pas des oreilles mais ses pieds reposant sur sa tête !

Très symbolique, cet humain qui s'expose dans des positions acrobatiques un peu partout - principalement sur des modillons - nous interpèle ...

Église de Champdolent (Charente-Maritime), modillon du chevet, le corps forme un arc ventre par dessus, tête proche de son entre jambe.

Pourquoi, une telle position ? pourquoi un tel effort ?

Église d'Aulnay-de-Saintonge-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon au-dessus du portail sud.

On parle ici de la conversion d'un païen vers la Chrétienté. Il s'agit de l'effort à fournir, de l'apprentissage, de la connaissance de son âme contenue dans son corps auquel il doit donner une leçon, qu'il doit maîtriser.

Église d'Esnandes (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Beaucoup de ces personnages sont présentés "entiers". On peut apprécier leur gestuelle, leur positionnement au sol et même tenter de les imiter comme le ferait un adepte d'un cours de gymnastique ou de yoga, fasse au professeur.

Église de Maillezais (Vendée), modillon de la façade.

Ils ont la plupart du temps un visage concentré, paisible et ne semblent pas souffrir de la position impossible qu'ils adoptent ...

Église de Melle Saint-Hilaire (Deus-Sèvres), modillon de la nef sud.

Ils nous offre une leçon : l'importance de cette conversion tant souhaitée par l'Église. Une sorte de résumé de l'effort d'évangélisation. Au 9e siècle moins de 7% de la population était baptisée et s'affichait chrétienne en Saintonge. A la fin du 12e siècle 95% de la population est évangélisée. On est Chrétien ou on n'existe pas.

Église de Surgères (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Toutes les représentations présentées ici montrent des conversions réussies. Les corps sont harmonieux, le corps souple ...

Église de Châteauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade. 

Celui de l'église de Chateauneuf-sur-Charente, cependant ne donne pas l'impression d'être totalement satisfait par le résultat. C'est le cas de beaucoup de représentations qui seront présentées dans un autre article.

Église de Champagne-Mouton (Charente), voussure du portail.

Il y a beaucoup d'élégance et de variété dans l'interprétation des entailleurs de l'époque romane qui se sont emparés de ce symbole pour illustrer un acte fédérateur : devenir Chrétien, le vouloir, choisir cette voie.

 Église de Bouhet (Charente-Maritime), modillon de la nef sud dans une encoignure.

Sur l'église de Bouhet, l'acrobate est auréolé de rayons de lumière qui symbolisent l'achèvement de sa conversion et sa joie d'y être parvenu.

Église de Loizé (Deux-Sèvres), chapiteau gauche du portail

Sur l'église de Loizé est une scène rare, le converti se fait aider. On comprend l'élève et le professeur communiant dans un même souhait : vivre et transmettre son expérience.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon du chevet nord.

A Aulnay, l'acrobate le plus célèbre de l'art roman européen. Un personnage prenant la position du "poirier". Il est nu, ce qui ajoute à la symbolique du retournement. Cette nudité parle de l'importance d'être pur, de se débarrasser de ses anciennes croyances afin de réussir sa conversion.

On voit sur les églises de la Saintonge - mais c'est un symbole que l'on retrouve sur nombre d'édifices romans à travers l'Europe - de nombreux acrobates. Et si ceux présentés aujourd'hui sont en train de conclure favorablement leur effort, il en est beaucoup d'autres qui se sont mélangés les articulations et sont bons pour repasser leurs examens.

Église d'Annepont (Charente-Maritime), modillon du chevet.

Avec mon mauvais penchant, et mon envie de polémique, je remarque qu'il n'y a aucune femme qui entame une conversion sur les églises. Ce sont toujours des hommes ... la femme n'a pas bonne image en cette époque à part si elle est Marie-sainte Vierge ou une vertu, ou même Eve ... mais leur statut dans l'Église les exempte de cet effort ... Pour nous pauvres terriennes, c'est une autre histoire ...

texte et photos : Esla

 

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Le pélican

Publié le par Esla

Cet animal d'Egypte, du bord du Nil, est un modèle selon l'Église. Blanc, très propre, il est considéré plein de piété et de vertu. Il est l'image du sacrifice.

Enluminure, médiathèque de Troyes, ms 177, f144v

Si ses petits meurent pour une raison ou une autre, la mère pélican se perce le poitrail avec son bec et, en les arrosant de son sang, les ressuscite. 

Église de Villiers-sous-Chizé (Deux-Sèvres), église en ruine, voussure d'une ancienne fenêtre.

Il est l'image du Christ saignant sur sa croix pour racheter nos péchés ou de Dieu ressuscitant son fils trois jours après sa mort.

Extrait du vitrail dit "de la litanie des saints" de La Chapelle sud de l'église de Saint-Jean-d'Angle (Charente-Maritime), auteur inconnu contemporain.

le pélican devient ainsi le symbole de la résurrection.

Église de Lusignan (Vienne), voussure du portail sud sous le porche.

dans certains écrits, il est raconté dans un drame familial : "quelques jours après leur naissance les jeunes pélicans sont affamés. Ils frappent leurs parents avec leur petit bec pointu. Agacé, le père les frappe et oubliant sa force, les tue. Honteux, il s'éloigne du nid et va faire pénitence. la mère désespérée pousse des cris, bat des ailes, se perce le flanc et inonde ses enfants de son sang. Les bébés renaissent ..."

Cathédrale de Metz, fronton du portail

"... épuisée la mère se couche au fond du nid et se prépare à mourir. Ingrats certains des petits la laissent dans cet état, mais d'autres, plus généreux et reconnaissants, vont lui chercher de la nourriture pour qu'elle retrouve sa vigueur. Lorsque le père revient et apprend la conduite de ses fils, il châtie les mauvais et récompense les bons". Les bonnes âmes seront accueillies près de Dieu, les mauvaises âmes seront punies aux enfers !

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.

Il y a selon les physiologus (manuscrits regroupant toutes les connaissances sur la faune et la flore médiévale), deux variétés de pélicans. Le premier vit dans les rivières et mange des poissons ...

Enluminure du Natura rerum de la bibliothèque municipale de Valenciennes, ms 320 f.105r.

... l'autre vit dans les champs et se nourrit de serpents, de lézards et d'autres bêtes venimeuses.

Enluminure du Natura rerum de la bibliothèque municipale de Valenciennes, ms 101 f.196v.

Les seigneurs et puissants ont souvent intégré le pélican et ses enfants sur leur armoiries pour rappeler leur attachement à la couronne de France et/ou leur loyauté envers les plus faibles.

texte et photos de Esla

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Le paon !

Publié le par Esla

Le bestiaire médiéval n'est pas tendre avec le paon. 

Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail.

Il le trouve certes très beau, aux couleurs vives et chatoyantes, au portail bombé bleu roi, au plumage extraordinaire, à la queue ornée d'au moins 40 yeux ... Mais ...

Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussures du portail.

... son cri est épouvantable, qui ne peut-être qu'hérité du diable. Les yeux de sa queue, un rappel constant de l'oeil scrutateur ... peut-être de Dieu ... dont le vaniteux craint le jugement ...

Église Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), chapiteau extérieur d'une fenêtre du choeur.

C'est un animal imbu de son allure, ce trouvant très attirant, et pourtant plein de rancoeur car s'il est fier de son apparence, il ressent pour ses pieds très laids une grande honte au point qu'il les cache dans la vase. Et sa honte vient qu'il a conscience qu'il marche dans la fange de ses péchés à l'égal de l'homme pécheur qui ne reconnait pas ses erreurs.

Église de Nieul-sur-l'Autise (Vendée), chapiteaux du portail.

Les bestiaires expliquent que ce sont des oiseaux rares. D'abord parce que malgré la beauté du mâle qui s'évertue à faire la roue - présentant ainsi son anus disgracieux - pour séduire les femelles, elles ne sont guère intéressées ; cela expliquerait qu'ils se reproduisent peu. Ensuite parce qu'à force de se faire rembarrer, il houspille les femelles jusque dans leurs nids et, si elles couvent, écrasent les oeufs par sa gaucherie.

Église de Tanzac (Charente-Maritime), modillon du chevet.

Et cette rareté ajoute à l'intérêt que les gens de pouvoir et d'argent ont pour le paon. Pour décorer les tables de banquet des princes et des nobles, on l'exhibe cuit et décoré de ses plumes au centre des plats servis. Le paon le sait - affirme les bestiaires- il en tire une grande fierté.

enluminure, 12e siècle. paon faisant la roue.

Mais on ne mange pas sa chair de mauvais gout, sentant fort et coriace. Tout est dans l'apparence ...

enluminure, natura rerum, bibliothèque municipale de Valenciennes, 320 f. 105v.

Les romains virent sur sa queue 100 yeux attribués à Junon, que Héra à sa mort, offrit à l'oiseau. Pour les naturalistes du moyen Âge sous l'influence de l'Église, il devient le symbole de la fatuité de l'homme cherchant sans cesse à se singulariser, prompte à séduire par tous les moyens, privilégiant l'apparence et non la conscience et la moralité !

enluminure, natura rerum, bibliothèque municipale de Valenciennes, 101 f. 186v.

Ah vanité, quand tu nous tiens !!!!

textes et photos : Esla

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Le coq !

Publié le par Esla

Le coq est dans la symbolique médiévale, un oiseau ambivalent faisant partie des animaux domestiques. Au Moyen Âge est qualifié de domestique tout animal qui vit autour des habitats et partagent, de proche ou de loin, leur quotidien. L'abeille, la mouche, le moineau comme le porc ou le chien sont classifiés domestiques.

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.

les bestiaires (ouvrages regroupant l'ensemble du règne animal répertorié : animaux "vrais" comme "mythiques") voient en lui un animal familier, chanteur sans véritable nuance. - plutôt un cri qu'un chant d'ailleurs, souvent raillé. On le dit sans mystère. Il est considéré courageux, défendant vaillamment son poulailler et ses femelles, n'hésitant pas à affronter plus fort que lui si nécessaire. Il est dit l'ennemi du renard, du loup et même du lion.

Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail. Un coq suivi d'un porc.

mais à contrario on le qualifie aussi de vaniteux, sans reconnaissance pour autrui, lubrique, pratiquant le coït d'une poule à l'autre toute la journée, et cependant qualifié de "sensuel". On le dit fat et fier de ses plumes, de sa crête et de son jabot qu'il affiche fièrement. Il est convaincu de son irrésistible beauté ! Il marche comme un paon, tenterait même de faire la roue sans y parvenir. C'est aussi un jaloux reignant sans partage sur sa base-cour. 

Église de Gensac-la-Pallue (Charente), frise de la façade.

Son chant est familier aux voyageurs et aux pèlerins qui, lorsqu'ils l'entendent, en déduisent qu'ils sont proches d'un village où trouver refuge. C'est un son familier, rassurant. Il chante à heure fixe ce qui en fait un guide qui rythme le jour et les travaux à y accomplir.

Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussure de la porte nord.

D'abord attribué à saint Pierre parce que le coq chanta par trois fois pour souligner son reniement à Jésus - attribut plus tard remplacé par les clés - le coq est l'image du repentir et de la pénitence pour le chrétien. 

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), vitrail de Gesta 19e siècle.

les premiers coqs installés aux clochers des églises, dès avant l'an mille l'étaient sur les églises dédiées à Saint-Pierre. Par la suite cet usage s'étendit sur la plupart des églises chrétiennes romaines, l'oiseau "de Pierre" devenant l'oiseau vigilant surveillant les alentours et par son chant/cri éloignant les forces du mal. Et s'il chante aussi la nuit c'est pour apeurer les démons et les voleurs. S'il chante le jour s'est pour encourager le travailleur à la tâche dès potron-minet !

Église de Beauvais-sur-Matha (Charente-Maritime), girouette installée à la restauration du toit du clocher en 1999 et presque aussitôt disparue. l'oiseau s'est envolé !

Certains chroniqueurs à la fin du Moyen Âge (fin du 15e siècle) firent du coq l'emblème du roi de France, et de la France elle-même. L'entourage de François 1er (149-1547) mettra en scène un véritable programme construit sur la symbolique du coq de cette époque : lucide, fier, courageux, solaire. Le coq est aujourd'hui encore le symbole de la France.

Église de Barret (Charente), décor du portail.

le coq devenu vieux est oublieux, distrait, négligent ; on dit au Moyen Âge pour quelqu'un qui à la mémoire courte "qu'il a une mémoire de vieux coq". Le vieux coq médiéval se met à pondre des oeufs plus petits et plus ronds que ceux de la poule. Et si par le plus grand des hasards, ces oeufs sont couvés par un aspic (petite vipère noire) ou tout autre animal vénéneux comme le dragon, nait un être terrifiant : le basilic, mi-coq mi-serpent, au corps empli de venin et au regard tueur. Si l'on croise le regard du basilic, on meurt instantanément. 

Église de Chadenac (Charente-Maritime), voussure du portail, basilic.

Merci à Michel Pastoureau pour son immense culture et ses écrits sur le bestiaire du Moyen Âge. Il a écrit une phrase magnifique qui décrit bien la notion de l'animal médiéval ne faisant pas la différence entre réalité et fantastique "le réel est une chose, le vrai en est une autre" !

textes et photos : Esla

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Le vitrail en Vals de Saintonge

Publié le par Esla

Un livre pour découvrir les vitraux de ce coin de la Charente-Maritime !

 

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Arrivée des rois mages ! BONNE ANNÉE 2026

Publié le par Esla

Avec un peu d'avance, je vous l'accorde - selon l'évangile de Matthieu, il arrivèrent pour célébrer la naissance de Jésus le 6 janvier en suivant l'étoile du berger - invitons, en plus de tous les hôtes du soir de réveillon, les rois mages !

Montmorillon (Vienne), la Maison-Dieu, frise de façade 12e siècle

Ils vinrent rendre hommage et fêter la naissance d'un prophète en traversant le désert vers le nord et allèrent à bethléem.

Église de Lignières-Sonneville (Charente), extrait du décor de façade.

Église de Lignières-Sonneville (Charente), décor de façade. À gauche, le songe de Joseph, au centre Marie porte l'enfant Jésus sur ses genoux, à droite l'arrivée des rois mages.

--> Il y a d'abord, Balthazar venu d'Arabie (le roi noir) qui offre l'encens ...

Église de Nuaillé-sur-Boutonne (Charente-Maritime), voussure du portail.

--> A sa suite, parait Melchior venu de Perse apportant l'or ...

Église de La Vergne (Charente-Maritime), vitrail du choeur de Adrien Baratte (1868-1940-, de Clermont-Ferrand.

--> puis approche Gaspard venu d'Asie offrant la myrrhe, une résine multicolore issue du commuphora-myrrha, arbuste tortueux du Yémen.

Église Saint-Pierre de Chauvigny (Vienne), chapiteau du choeur.

Pour arriver à bon port, ils ont suivi l'étoile du berger (qui en astronomie est la planète Vénus, indiquant toujours le nord), astre lumineux à l'aube et au crépuscule. Pourquoi "étoile du berger" ?

Église d'Antigny (Vienne), fresques de La Chapelle sud, 14e siècle. l'adoration des mages.

Parce que, de par sa particularité d'être surtout visible à l'oeil nu à l'aube et au crépuscule, elle rythmait la journée de travail des bergers qui commençait et finissait avec elle. Maintenant nous avons des montres connectées, c'est moins romantique !!!

Cathédrale de Poitiers (Vienne), décor de façade. image tirée du blog de Véronique D (overblog).

 

Suivez votre bonne étoile et ...

BONNE ANNÉE 2026 !

 

Textes et photos de Esla, exceptée la photo de la cathédrale de Poitiers.

 

 

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Sur le zodiaque roman : le verseau

Publié le par Esla

Nous sommes en janvier, premier mois de l'année dans le calendrier grégorien. Pourtant à l'avènement des Capétiens sur le trône de France au 10e siècle, le calendrier commençait en avril. Les zodiaques romans pourtant respectent le premier pour permettre au solstice d'été, le jour éclairé le plus long de l'année, d'être au pinacle de la voussure du zodiaque.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, Un homme sous un dais (ce qui sous-entend qu'il est à l'intérieur de son logis) vêtu d'une pelisse est assis sur un tabouret. Il tranche une miche de pain avec son long couteau. ce qui semble ses cheveux hirsutes est en fait l'eau que le verseau au-dessus de lui verse sur sa tête.

Acarius ou Aquarius en latin populaire. C'est ce qui est écrit  à côté de la scène qui l'illustre.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, ce qu'il reste du signe du verseau. On devine un personnage cambré versant de l'eau d'une jarre.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, l'intégralité de la scène marquant janvier.

C'est avec février le mois le plus froid de l'année. Les réserves alimentaires ont beaucoup diminuées. On est passé du banquet de fin d'année (voir le capricorne) à un début de disette. 

Église d'Aulnay (Charente-Maritime), voussure du portail occidental, Une certaine élégance orne cette scène. On peut y voir le pan de mur que forme la maison et la colonne sur laquelle repose le dais symbolisant la maison. Le tabouret est fait d'osier tressé. L'homme est habillé d'une toge.

Le pain du quotidien des "laborieux" est un pain noir confectionné avec des fruits secs comme des châtaignes, des glands, des noix (selon la ressource du territoire) et constitué de farine de seigle et d'avoine. Le pain "blanc" est réservé à la table des seigneurs confectionné avec de la farine de blé.

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade, le boulanger façonne et vend le pain. Il n'y a que six signes représentés sur la façade d'Aubeterre.

En marquant le premier mois de l'année par un homme coupant son pain, aliment principal des "laborieux", la Chrétienté met en avant le labeur du paysan, de celui qui oeuvre pour nourrir l'autre. Ce particularisme se retrouve tout au long des zodiaques de pierre à la différence des zodiaques des manuscrits où les enluminures mettent en avant le noble et le bourgeois.

Enluminure, bréviaire à l'usage de Verdun, 12e siècle. Mois de janvier (janus). Un visage regarde "avant", l'autre "après".

Enluminure, bréviaire à l'usage de Verdun, 12e siècle. signe du verseau.

Église de Civray (Vienne), voussure du portail, les jambes en arc du Verseau forment le dais au-dessus de l'homme assis.

texte et photos : Esla

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Les péchés capitaux : la gloutonnerie !

Publié le par Esla

Par erreur, et influencé par le catholicisme puritain du 19e siècle, le péché de gloutonnerie est devenu le péché de gourmandise

Nul texte religieux n'affirme que manger avec plaisir est interdit. La Bible a elle seule déborde de mets fastueux, de recettes gourmandes et de tablées festives.

Ce péché, tant décrié par l'Église et présent sur nombre d'églises romanes sous la forme de masques joufflus et porcins, était avant tout un avertissement sanitaire ... C'est l'excès qui y est dénoncé.

Église de Triaize (Vendée), modillon de la façade.

Même si les locataires des monastères avaient fait voeu de chasteté, de retenue et de pauvreté, la table monacale était généralement abondante. Il n'était pas rare d'y croiser des moines bedonnants. Il était donc nécessaire d'adresser un message ferme.

Église de Civray (Vienne), modillon de la façade.

La gourmandise n'a jamais été considérée impure. La gloutonnerie, c'est-à-dire de "vivre pour manger et non manger pour vivre" -  voir le Tartuffe de Molière), SI !

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon au-dessus du portail occidental.

Il fallait donc, réguler les appétits ... tous les appétits !

Église de Barret (Charente), chapiteau du portail. Cette représentation montre Adam sous le charme du serpent recevant le fruit défendu dans sa main (Eve est à droite). Petit détail amusant, le démon à gauche d'Adam lui fait un croche-pied, ce qui augure de la conséquence de cette scène de la "pomme" par la "chute de l'Eden". Il faut être pragmatique, comment pourrait-on avaler que croquer une pomme nous fera chuter du paradis ... allons ! Le croche-pied est une explication bien plus plausible !

Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), modillon au-dessus de la porte sud. Certainement une des plus beaux masques représentant la gloutonnerie - les sept péchés capitaux sont représentés sur cette église !

C'est ainsi que la faute originelle n'est pas comme on pourrait le penser l'extrapolation du péché de luxure Mais bien celui de la "gourmandise". Si Eve ne s'était pas laissée séduire par la promesse de Serpent du délice qu'était le fruit défendu, nul doute que le monde n'aurait pas été le même ... mais là encore le puritanisme du 19e siècle tisse sa toile ... puisque Adam et Eve, suite à la Faute se cache le sexe, c'est donc par là - traduit l'Église de l'époque - qu'est entré le péché qui aura des conséquences terribles !

Quoi que ? ... croquer le fruit de la connaissance ... et que ce soit Madame qui ait instruit la chose ... et ait eu la gentillesse d'en faire profiter Monsieur ... où est le mal après tout , Selon les textes, c'est la Chute qui permit le développement de l'humanité sur terre ... selon les textes s'entend ... après tout, pas si mal !

Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), voussure de la fenêtre centrale du chevet. La voussure extérieure de cette très belle fenêtre porte l'ensemble des péchés capitaux et leur animal-totem. Sur cette photo le péché de gloutonnerie à gauche représenté par un masque barbu empâté est  accompagné de son animal-totem : le serpent ; celui par qui le malheur est arrivé.

La gloutonnerie n'a pas à proprement parlé d'animal-totem, Le serpent qui le représente parfois est lié à la faute originelle et par voie de conséquence la gloutonnerie. Le cochon parfois s'invite, plus rarement encore le chien.

Église de Surgères (Charente-Maritime), métope de la façade.

Cette scène étrange presque théâtrale d'un humain poignardant un chien à la gueule est unique. Il peut être question de la gloutonnerie certes, mais pourquoi pas, d'une punition de la mauvaise parole, ... ou encore d'un homme terrassant un dangereux animal ... aucun des protagonistes de cette scène cependant ne semble lutter l'un contre l'autre ...

bon appétit !

texte et photos : Esla

 

 

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Repas de fête !

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Allez, il est temps de faire ses dernières courses, préparer le repas, c'est bientôt le grand soir ! :

... passer chez le boulanger ...

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade.

... puis aller à la boucherie ...

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade.

... à moins qu'un poisson style esturgeon ne soit plus approprié ...

Église de Saujon (Charente-Maritime), chapiteau déposé installé dans une chapelle de l'église.

Église de Saint-Fort-sur-Gironde (Charente-Maritime), modillon de la façade.

... sans oublier la boisson, qu'elle soit de vin ou d'eau, indispensable à un repas de fêtes ...

Église de Chateauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade.

Église de Saint-Savinien (Charente-Maritime), modillon de la façade au-dessus du portail.

Église de Sainte-Colombe (Charente), décor de façade : un ange s'abreuve à la source miraculeuse que sainte Colombe a fait jaillir.

... et attention de ne pas pousser jusqu'à l'ivresse entre la rasade chez le caviste jusqu'à la table dressée ... et se mettre la tête à l'envers !

Église de Givrezac (Charente-Maritime), modillon du chevet : l'ivresse tant décriée par l'Église !

... ne reste plus qu'à préparer le diner et dresser la table ...

Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau de la façade : mois d'hiver, un homme prépare son repas au coin du feu.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), zodiaque, mois de décembre.

... et accueillir les convives ...

Église d'Argenton-les-Vallées (Charente), décor de façade : repas des disciples d'Émmaüs

Église de Foussais (Vendée), décor de la façade : le repas chez Simon. A ses pieds Marie-Madeleine lave les pieds de Jésus.

Église d'Antigny (Vienne), fresques de La Chapelle : le repas chez Simon.

Église de Saint-Pompain (Charente), mois de décembre, repas.

... et pensez à inviter TOUS les convives ... même s'ils vous paraissent ... bizarres !

C'est soir de partage, que diable ! 

 Église de Grézac (Charente-Maritime), décor de la façade, fable d'Ésope "le renard et la cigogne".

Bonne fêtes de fin d'année !

textes et photos : Esla

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