Mars est le mois du bélier sur les zodiaques des églises romanes.
Sur les édifices Romans de la Saintonge qui possèdent un zodiaque, étrangement, rares sont ceux qui ont conservé cette étape de la "démonstration céleste" des entailleurs romans. Fenioux est le mieux conservé !
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, le bélier.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, le travail du mois.
C'est l'arrivée des premiers beaux jours sans gel et le réveil des rivières. L'anguille remonte les cours d'eau pour frayer ; et le paysan part à la pèche et place ses pièges.
Sur le zodiaque, il lève un bâton pour taper sur la tète de l'anguille. C'est encore ainsi qu'on la "récolte" aujourd'hui à la sortie des nasses placées aux endroits stratégiques, dans les anses et les coudes de ces petits cours d'eau bouillonnants en cette saison presque printanière et où ces bestioles pondent à l'abri des flux et reflux des courants.
Église de Cognac (Charente), voussure du portail, le travail du mois.
Église de Cognac (Charente), voussure du portail, Ce qui reste du bélier.
Sur l'église d'Aulnay-de-Saintonge, le mois de mars à disparu remplacé par des blocs nus.
Sur l'église de Civray (Vienne), il y a un échange de signe et le mois de mars porte - ce qui sur les autres zodiaques correspond au mois d'avril : la taille de la vigne.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail, le travail du mois et le bélier, placés au-dessus du signe de février : les poissons.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail, le bélier.
Sur l'église de Saint-Pompain (Deux-Sèvres), il ne reste que le bélier ! qui de surcroit est ailé, ce qui peut sous-entendre qu'il s'agirait de la représentation symbolique de la puissance du Christ plutôt que le signe du zodiaque, pourtant placé sur la voussure qui accueille certains autres signes célestes ... d'autant que ce bélier est très naturaliste et non placé dans une mandore (amande). Sagit-il d'une réinterprétation liée à la restauration du 20e siècle ? un mélange des genres ? ... allez savoir !?
Église de Saint-Pompain (Deux-Sèvres), voussure du portail, le bélier.
Quant à l'église d'Argenton-les-Vallées (deux-Sèvres), il ne reste plus que des bribes du signe difficiles à lire. On y devine le bélier, animal bondissant au-dessus d'un personnage qui comme à Civray semble tailler la vigne.
Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail.
Allez ! encore un petit effort, le printemps arrive, et déjà le changement climatique fait mentir ces zodiaques de presque 1000 ans d'âge ; au dire des amateurs, les anguilles sont en avance pour frayer ... et dans mon petit jardin "suspendu" les fleurs de printemps sont déjà écloses !!!
Les 7 péchés sont la base de la morale chrétienne du Moyen Âge et largement diffusés dans les décors romans. Parfois présentés par des masques expressifs, ils sont aussi symbolisés par des animaux totems mythiques ou réels, héritage de religions polythéistes (celtique, grecque, germanique, romaine ...) que la Chrétienté a su recycler, absorber et rendre à ses récents adeptes. Une manière de rassurer et de séduire les plus rebelles à abandonner leur appartenance à une foi plus ancienne.
Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), modillon du portail sud.
la luxure est un péché très "apprécié" par les entailleurs pendant la période romane, d'autant qu'il est plutôt bien accepté dans la société et même dans une certaine mesure par l'Église, qui si elle réprime sévèrement le péché de chair hors mariage, n'en n'est pas moins tolérante d'une faiblesse très "humaine". Fleurissent sur les édifices romans des modillons - outre les masques - offrant des scènes peu équivoques.
Église de Marignac (Charente-Maritime) chapiteau intérieur. Un couple semble en harmonie, mais la dame fait discrètement signe à son amant !
N'est-il pas dit dans les textes un "croissez et multipliez" qui en dit long sur la nécessité de l'acte sexuel. Certes l'Église le codifie, l'organise, le cadre dans un contexte acceptable pour la moralité ; tente de le contrôler en vain. Les bordels où se réfugient des femmes désavouées, jetées à la rue, répudiées ou simplement veuves sans famille ni revenus, datent de cette époque et l'Église participe (soutien) à leur activité.
Église de Civray (Vienne) modillon de la façade.
Outre que l'Église ne peut pas être sous chaque porte cochère, derrière chaque église ou à côté de chaque mari ou femme adultère, elle voit s'ouvrir dans chaque village qu'elle a aidé à développer, des maisons closes que les religieux comme les laïcs pratiquent. Elles sont pour ces femmes que la société rejettent souvent injustement le seul échappatoire à la clochardise ; les couvents étant réservées aux femmes de la riche bourgeoisie et de la noblesse.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), Voussure de la fenêtre du choeur : le masque et l'animal totem qui symbolise le péché de luxure : la sirène oiseau ou la sirène poisson.
De même, il n'est pas rare dans cette époque romane (11e et 12e siècle) de voir des religieux - hors monastères - prendre femme et maîtresses. le libertinage est un défaut qui s'affiche en et hors les "murs". du bien pensant. D'autant que cette époque est moins puritaine que ne le sera le 13e siècle et les suivants ... pour parvenir au 19e siècle à une asphyxie par l'intolérance.
Église de Traité (Vienne) modillon de la façade.
C'est d'ailleurs au 19e siècle que la scène biblique de la faute d'Adam et Eve passera d'une interprétation du péché de gloutonnerie (parce qu'ils mangèrent le fruit défendu --> donc qu'ils mangèrent plus que nécessaire), au péché de luxure (parce qu'ils étaient nus !) en oubliant que c'était Dieu lui-même qui les avait fait ainsi. Oublié l'Eden et son climat tempéré qui n'exigeait aucun vêtement pour se protéger du froid, oublié la liberté de deux êtres qui n'avaient rien à cacher ... juste leur immense curiosité !
chocking !
Église de Surgères (Charente-Maritime) modillon de façade.
Des portraits de femme jeune, les cheveux défaits sur les épaules sont une représentation fréquente du péché de luxure et une alternative aux masques - héritage romain - souvent plus énigmatiques. Les femmes "propres" sont équipées d'un voile (sur les cheveux) et d'un gorget (tissu englobant le menton et le cou) ; ou encore d'une coiffe ou d'une couronne et des cheveux visibles, soit, mais très ordonnés. Ces jeunes femmes- de petite vertu dira le poète - souvent jolies affichent une certaine "compassion" pour ce péché que les entailleurs devaient trouver "gracieux".
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime) modillon du portail occidental.
La sirène/poisson (parfois oiseau) est l'animal totem le plus utilisé : monstre marin, mi femme ou homme, mi poisson (originaire du grand nord) ou mi-oiseau (originaire de la Grèce). Elle attire par ses chants et douces paroles les marins qui vont échouer leur navire sur les récifs et périssent. Elle représente la séduction dangereuse des illusions et la tentation née de la chair. Dans l'art roman elle personnifie les trois concupiscences, penchants à jouir des biens terrestres : gourmandise - luxure - paresse et est l'emblème de la volupté.
Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente) chapiteau du portail.
On la retrouve sur la majorité des églises de la Saintonge romane portant le fardeau de nos faiblesses corporelles et affectives ; tour à tour arrogante, drôle, fragile et séduisante.
Église de Rétaud (Charente-Maritime) chapiteau de la façade.
A l'époque romane, la sirène est invariablement femelle ou mâle, tenant parfois un poisson dans ses mains : la faiblesse piégée ... et souvent affublée d'une longue tresse : qui pourrait être, bien caché, son compagnon de "fortune" : le serpent (grand tentateur) ; élément phallique ou corde qui lie l'homme séduit par son charme.
Église de Foussais (Vendée) détail de la voussure du portail.
Église de Surgères (Charente-Maritime) métope de façade.
Une sirène qui se tient la queue peut signifier l'importance de contraindre ses pulsions et tenter de réparer ses fautes.
Église de Macqueville (Charente-Maritime) chapiteau intérieur. Une sirène aux longs cheveux porte un poisson à bout de bras.
Église de Nieul-sur-L'Autise (Vendée) chapiteau du portail. Sansom et Dalila.
La scène biblique qui raconte le moment ou Dalila coupe les cheveux de Sansom pendant son sommeil afin de lui ôter sa force personnifie le péché de luxure. Car si Sansom n'avait pas succomber à son charme et révéler son secret ... rien ne serait arrivé ... enfin c'est ce que disent les textes !
Église de Puyrolland (Charente-Maritime) chapiteau du portail. une sirène pécheresse.
Église de Contré (Charente-Maritime) modillon du chevet. Madame !
les nombreux décors sexualisés, particulièrement sur les modillons, que l'on rencontre pratiquement sur toutes les églises romanes de la Saintonge ne sont pas un rappel des débordements de la luxure. Plus sûrement une tradition grivoise des tailleurs de pierre qui trouvaient à l'arrière des édifices, sur les chevets souvent côté nord et dans des coins sombres un terrain favorable à quelques libertinages. C'est une histoire qui reste d'actualité !
Église de Givrezac (Charente-Maritime) modillon du chevet. Monsieur !
Cette abondance de sexes masculins et féminins, franchement affichés est porteur d'un message. Il parle du côté animal de l'être humain qui peut l'envahir à tout moment. Le rôle du Chrétien est de lutter afin que cet aspect animal soit dompté par l'âme, la pensée, l'intelligence humaine.
La luxure sous toutes ses formes exprimées était un péché très populaire à l'époque romane !!
Venez nous rejoindre au salon du livre de L'Houmeau le dimanche 15 février à partir de 10h00 et jusqu'à 18h00 sans interruption.
Je serai là et présenterai les différents livres déjà écrits sur le patrimoine roman de la Saintonge et le dernier né sur les Vitraux des Vals de Saintonge.
Venez nombreux ... et si vous saturez un peu des nombreux livres présentés sur les stands d'éditeurs et d'écrivains de notre territoire, il vous restera à aller prendre un bol d'air iodé sur le bord de mer, L'Houmeau est sur la côte !!!
Février est le mois du signe des poissons, pisces en latin populaire.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
Le signe des poissons à l'époque romane est deux poissons tête-bêche - type sardine - reliés par un cordon.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
A l'origine quand il était mal venu de s'afficher Chrétien (entre les 1er et 5e siècles, période romaine), par acte de dissidence envers l'ordre politique, les Chrétiens portaient en signe de reconnaissance discrète à l'arrière de leur boucle de ceinturon, dans leur vêtement un signe formé d'un trait représentant un poisson ...
... ainsi que sur les murs des lieux de culte comme dans le baptistère paléochrétien de chez Pérot au village de Le Douhet (3e siècle).
Le signe est accompagné de l'activité du mois pour le paysan. Un personnage est assis sous un dais (c'est le signe qu'il est à l'intérieur d'un lieu clos). Sur l'illustration d'Aulnay, on aperçoit même un pan de mur d'habitation marqué par un petit oculus en forme de trèfle et une colonne à chapiteau.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail occidental.
Ce personnage est assis, jambes écartées avec une bourse entre ses pieds. Il est vêtu à la romaine d'une toge et porte une fibule sur la poitrine, sorte de broche maintenant les deux pans d'une cape portée sur les épaules.
Église d'Argenton-les-vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail occidental. C'est tout ce qui reste de la scène.
Il est temps de payer l'impôt sur le sel : la gabelle. C'est un impôt national, obligatoire. Le sel est un condiment indispensable pour la conservation des aliments.
Église Saint-Léger de Cognac (Charente), voussure du portail occidental. Il ne subsiste du signe que les poissons. Le personnage de cette image (au-dessus des poissons) appartient au signe du bélier.
Ce personnage est un collecteur d'impôt romain habillé de sa toge, installé dans un bâtiment public.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail occidental. Détail de ce qui reste des poissons.
Sur la façade de l'église d'Aubeterre-sur-Drone, la scène est un peu différente. Si les poissons sont là, le personnage est un forgeron qui travaille une lame.
Église d'Aubeterre-sur-Drone (Charente), bandeau de la façade.
Souvent on voit sur les modillons des églises juste deux poissons, parfois même pas tête-bêche qui peuvent, soit être le signe chrétien ou simplement l'activité de la pêche - la chair du poisson et les coquillages sont plus consommés que la viande par les populations paysannes et de petite bourgeoisie ...
Église Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres), modillon de la nef. La première photo montre un décor non restauré, la suivante la version reconstituée.
... à moins que cette illustration ne symbolise la parabole du miracle de la multiplication des cinq pains et deux poissons par Jésus.
« Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades. Le soir étant venu, les disciples s'approchèrent de lui, et dirent : Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée; renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages, pour s'acheter des vivres. Jésus leur répondit : Ils n'ont pas besoin de s'en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. Et il dit : Apportez-les-moi. Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants. »
Église de Givrezac (Charente-Maritime), modillon du chevet.
Sur l'église Saint-Pierre de Melle, dans une métope (espace entre deux modillons souvent sculptés pendant la période romane) on trouve deux poissons têtes bêche. Il existe sur cet édifice quelques éléments d'un zodiaque - très partiel - principalement sur les métopes de la porte sud.
Église Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), métope du portail sud.
S'il est un animal que le Moyen Âge a négligé en tant que symbole mais pourtant le représentant souvent, c'est bien le lapin (ou le lièvre).
Église de Bourg-Charente (Charente), modillon du chevet.
Très présent sur les modillons des églises de la Saintonge, il est généralement l'animal préféré de la chasse, quelle soit celle du chien comme celle de l'homme.
Église de Chalais (Charente),voussure du portail.
Si le cerf ou le sanglier sont des gibiers réservés aux nobles - un paysan qui chasserait ce type d'animal serait condamné à mort - le lapin est autorisé à la chasse pour tout un chacun ... à condition d'en demander l'autorisation au seigneur ...
Église de Contré (Charente-Maritime), archivolte du portail sud. Le chien (en haut) courre après les lapins (dessous).
Les romains considéraient le lapin comme symbole de fertilité, mais aussi de perfidie ...
Église de Corme-Ecluse (Charente-Maritime), clé d'un décor d'une fenêtre.
... l'Église du Moyen Âge réprimant ces penchants grivois, le lapin perdit tout intérêt et sa symbolique se cantonna autour du péché de paresse dont il est le totem sur la très belle fenêtre du Chevet de l'église de Matha-Marestay représentant les 7 péchés capitaux exprimés par des masques.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), voussure de la fenêtre du chevet.
Il est fréquemment dessiné dans les marges des manuscrits enluminés, il est anthropomorphique et singe nos comportements les plus violents ou déviants.
Miniature, dessin de marge, 12e siècle. Un juste retour des choses!
Miniature, décor de marge de manuscrit 12e siècle.
Il est aussi un animal rapide, fuyant, peureux et l'homme du Moyen Âge aime à le représenter en animal secondaire du quotidien.
Église de Fontenet (Charente-Maritime), rare élément restant de la voussure du portail, un lapin pris au collet.
Il est aussi, au même titre que les volailles ou les abeilles, un animal domestique élevé tant pour sa chair que sa fourrure.
Église de La Jarne (Charente-Maritime), archivolte du portail.
dans un roman très populaire du 12e siècle : "le roman de renard", critique sociale où les protagonistes sont des animaux endossant des rôles d'humains , son identité porte le nom de "Couard". il est considéré comme furtif, casanier et peu enclin à sympathiser avec les autres, Il préfère la pénombre de son terrier. Renart le héros ne lui fait pas confiance. Couard est colporteur de ragots et rumeurs.
Église de Macqueville (Charente-Maritime), Modillon de la nef nord.
Le fabuliste Esope très populaire au 12e siècle (dont La Fontaine s'inspirera au 17e siècle) fait du lapin un animal peu batailleur et servant fréquemment de souffre douleur à l'aigle ou à la belette.
Miniature du 13e siècle, livre de fables.
Enfin, parfois dans des fables et anecdotes colportées par les troubadours à la cour seigneuriale, on lui attribue d'étranges pouvoirs, la nuit tombée, où il danserait autour d'autels de pierre sous la lune pour appeler les démons ...
Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon du mur sud. Un lapin à la lune.
On trouve de nombreuses représentations de chasse au cerf sur les églises romanes de la Saintonge. Laissez-moi vous en conter l'histoire ...
Église de Biron (Charente-Maritime), bandeau en façade.
Le cerf est un héritage des croyances antiques. Les Romains le considéraient comme médiocre, peureux à la chair molle et sans saveur. Ils laissaient ce gibier aux miteux ... Les Celtes et les Germains au contraire y voyaient un être solaire, lumineux, médiateur entre le ciel et la terre. Ses cornes particulièrement semblaient fascinantes. On disait même que le cerf était un musicien car il tenait entre sa ramure une lyre. Les Chrétiens y verront La Croix du Christ.
Église de Civray (Vienne), chapiteau du portail.
La chrétienté des 11e et 12e siècles va s’emparer de l’image du cerf et l’habiller de toutes les vertus ou presque. Dans le physiologus (bestiaire livresque en usage depuis l’Antiquité qui rassemblait tous les animaux connus – les vrais comme les « faux ») - les tailleurs d’images s’en inspiraient – dans le physiologus donc, voici ce qui est dit : Le cerf vit 1000 ans. Plus longtemps encore pour certains qui affirmaient au 11e siècle que l’animal avait connu Jules César (1er siècle) et Alexandre le grand (trois siècles avant J.-C.), que ces derniers l’avaient paré d’un collier d’or ; ce collier se serait, au moyen âge, incrusté sous la peau de l’animal tant celui-ci avait prospéré, grandit et grossit. La renaissance de ses bois que le cerf perd chaque année et qui repoussent toujours plus grands, plus touffus l’associe à la résurrection, au phénix.
Église de Rétaud (Charente-Maritime), modillons du chevet.
Il est selon Pline l’ancien le seul animal pouvant terrasser le serpent – le mal absolu – en lui soufflant dessus. De là à y ressentir le «souffle de Dieu »… Afin de le tuer, le cerf pousse le serpent dans un trou dans le sol, le remplit d’eau puis l’aspire et le mange. Le cerf doit alors se mettre rapidement à la recherche d’un point d’eau afin d’y boire car le venin du serpent est si puissant qu’il peut le tuer en quelques heures s’il ne se « purifie » pas. Certes, avaler le « grand mal » demandait quelques précautions ! on ne connaissait pas encore les cachets effervescents d’après cuite…
Église de Rioux (Charente-Maritime), modillons du chevet.
Le cerf possède aussi des vertus thérapeutiques ; l’animal n’a jamais la fièvre, et consommer sa chair un peu chaque jour en préserverait pour la vie, la prolongerait même. Il est le pire l’ennemi du serpent et se frotter le corps avec sa graisse empêcherait d’être attaqué par le reptile et de mourir sous sa morsure.
Église de Verrines (Deux-Sèvres), décor d'encoignure sur le chevet côté sud.
Église de Verrines (Deux-Sèvres), décor d'encoignure sur le chevet côté nord.
Son cuir est une aubaine. Les moines relieurs considéraient que la peau du cerf était la seule à être autorisée à couvrir les livres Saints. Elle transmettait ainsi aux textes toute la puissance et le rayonnement de son être.
Église Saint-Cybard d'Angoulème (Charente), bandeau de façade.
La Chrétienté en fait un être christique à l’égal de l’agneau ou la licorne. Il devient pour les chasseurs l’animal royal par excellence et sera réservé aux seigneurs et aux princes. Etre vilain (paysan) et chasser le cerf est passible de peine de mort. Lorsqu’un seigneur tue un cerf, il ne manque pas d’en offrir la peau aux religieux … une petite cuisse aussi, j’espère … mais l’histoire ne le dit pas. ! d'autre part, il est connu que les moines ne consomment pas ou peu de viandes.
Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), chapiteau en façade.
Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), chapiteau en façade (ces deux chapiteaux se répondent de gauche et droite du portail)
Et que les végétariens – dont je suis – ne s’énervent pas trop vite. Chasser à l’époque était une nécessité. D’ailleurs les religieux qui étaient contre toute forme de chasse considérant qu’elle servait avant tout à exacerber les penchants bestiaux de l’homme qui perdaient tout contrôle dans la course-poursuite et l’hallali (et ça, ça n’a pas changé), voyaient dans la chasse au cerf un moindre mal.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), décor du portail sud.
La Chrétienté va œuvrer pour rendre la chasse au cerf « royale » afin d’imposer sa vision du monde : chasser pour vivre et non pour jouir … ne trouver dans la chasse que l’intérêt basique de survivance « chasser pour vivre et non vivre pour chasser ».
Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), voussure du portail sud. Pourquoi est-ce le chien qui est le plus gros ? parce qu'à cette époque on ne connait pas encore la "perspective". Le représentation est symbolique : ce qui est le plus imposant est le plus fort. Le plus faible sera donc le plus petit ! à vous de juger qui gagnera à cette chasse ...
La chasse au sanglier ou à l’ours (considérés comme symboles de puissance et de force par les chasseurs d’alors, signes de virilité et de courage) était bien plus meurtrière et sauvage. Les légendes et l’histoire de France rapportent maints témoignages où l’on mourait de blessures d’ours ou de sanglier, jamais de cerf. Le cerf fuyait plutôt que de charger et blessait moins et hors période de rut qui en faisait alors un terrible combattant, C’était un animal peureux, vivant dans les parties sombres des forêts, préférant se sacrifier plutôt que de lutter contre les chiens et aux dires des chasseurs, il n’offrait pas une transe inoubliable dans la chasse …
Église de Marignac (Charente-Maritime), Bandeau polychrome du choeur (intérieur), chasse au lion.
Quant au sagittaire, être hybride au buste d’homme et croupe de cheval (parfois d’âne), c’est une tout autre vision : Orgueilleux, belliqueux, colérique, alcoolique, il cumule à la période romane tous les défauts mais c’est aussi un chasseur émérite doté d’une énergie et d’une ténacité sans égal.
Église Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres), chapiteau du choeur, chasse au sanglier.
Hérité de la Rome Antique qui y voyait un être solaire, unissant par son arc le terrestre et le céleste, l’humain et le divin, le sagittaire symbolise pour le Chrétien la belle énergie humaine tout autant que son animalité. C’est un être qui doit sans cesse se dominer, s’amender, se mettre au service de l’autre. Une belle âme en quelque sorte qui doit apprendre, accepter l’enseignement et qu’il faut sans cesse contrôler, dompter, apprivoiser. C’est aussi ce qu’est ce païen se présentant pour la première fois devant l’église et que la Chrétienté reçoit afin d’en faire « un bon Chrétien ».
Église de Vaux-sur-Mer (Charente-Maritime), chapiteau du choeur, chasse à l'ours.
Et alors … la rencontre de ces deux protagonistes, la raison de leur chasse perpétuelle ?
Et bien, tout naturellement ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Le sagittaire sans cesse tenté par ses instincts poursuit l’animal qui porte les « couleurs » de la chrétienté. Celui qui doit apprendre poursuit celui qui sait … Nous sommes face à celui qui désire apprendre et vient demander au grand professeur de lui accorder son enseignement ; le païen à la recherche de Dieu.
Église Saint-Gilles-du-Gard (dept 30), décor de façade.
Et alors … pourquoi le sagittaire tire-il une flèche qui touche le cerf? Parce qu’il faut symboliser l’acte et pour que le sagittaire reçoive l’enseignement, il faut qu’il s’en nourrice, donc il doit se nourrir du gibier, nous sommes Gaulois que diable, il nous faut du concret. D’ailleurs regardez bien aucun des cerfs n’est mort. Ils continuent de courir, de lutter. Ils ne sont pas à terre, juste « lier » le temps que la connaissance se transfère de l’un à l’autre de la même manière que le sagittaire romain (et non roman) tirait l’arc vers le haut pour lier la terre et le ciel, avait-il pour autant tuer les étoiles ?
Église de Corme-Écluse (Charente-Maritime), chapiteau du 1er étage de la façade.
Parfois, entourés d’un cercle ou d’un huit, la scène sublime le lien qui soude éternellement ces deux êtres, unissant ainsi le temps d’une poursuite l’humain au divin, le matériel au spirituel.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), sur le zodiaque du portail.
Il n'est pas d'église en Saintonge qui ne possède son "acrobate". Il est tour-à-tour danseur accompagné de son musicien, personnage sexualisé et plus généralement, il est celui qui tente "le retournement" ...
Église de Rioux (Charente-Maritime), modillon du chevet, tête à l'envers, vu de dos, se tenant les pieds.
C'est celui qui tente "le retournement" et le réussi auquel nous nous intéressons aujourd'hui.
Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon de la nef sud. Ce ne sont pas des oreilles mais ses pieds reposant sur sa tête !
Très symbolique, cet humain qui s'expose dans des positions acrobatiques un peu partout - principalement sur des modillons - nous interpèle ...
Église de Champdolent (Charente-Maritime), modillon du chevet, le corps forme un arc ventre par dessus, tête proche de son entre jambe.
Pourquoi, une telle position ? pourquoi un tel effort ?
Église d'Aulnay-de-Saintonge-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon au-dessus du portail sud.
On parle ici de la conversion d'un païen vers la Chrétienté. Il s'agit de l'effort à fournir, de l'apprentissage, de la connaissance de son âme contenue dans son corps auquel il doit donner une leçon, qu'il doit maîtriser.
Église d'Esnandes (Charente-Maritime), modillon de la façade.
Beaucoup de ces personnages sont présentés "entiers". On peut apprécier leur gestuelle, leur positionnement au sol et même tenter de les imiter comme le ferait un adepte d'un cours de gymnastique ou de yoga, fasse au professeur.
Église de Maillezais (Vendée), modillon de la façade.
Ils ont la plupart du temps un visage concentré, paisible et ne semblent pas souffrir de la position impossible qu'ils adoptent ...
Église de Melle Saint-Hilaire (Deus-Sèvres), modillon de la nef sud.
Ils nous offre une leçon : l'importance de cette conversion tant souhaitée par l'Église. Une sorte de résumé de l'effort d'évangélisation. Au 9e siècle moins de 7% de la population était baptisée et s'affichait chrétienne en Saintonge. A la fin du 12e siècle 95% de la population est évangélisée. On est Chrétien ou on n'existe pas.
Église de Surgères (Charente-Maritime), modillon de la façade.
Toutes les représentations présentées ici montrent des conversions réussies. Les corps sont harmonieux, le corps souple ...
Église de Châteauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade.
Celui de l'église de Chateauneuf-sur-Charente, cependant ne donne pas l'impression d'être totalement satisfait par le résultat. C'est le cas de beaucoup de représentations qui seront présentées dans un autre article.
Église de Champagne-Mouton (Charente), voussure du portail.
Il y a beaucoup d'élégance et de variété dans l'interprétation des entailleurs de l'époque romane qui se sont emparés de ce symbole pour illustrer un acte fédérateur : devenir Chrétien, le vouloir, choisir cette voie.
Église de Bouhet (Charente-Maritime), modillon de la nef sud dans une encoignure.
Sur l'église de Bouhet, l'acrobate est auréolé de rayons de lumière qui symbolisent l'achèvement de sa conversion et sa joie d'y être parvenu.
Église de Loizé (Deux-Sèvres), chapiteau gauche du portail
Sur l'église de Loizé est une scène rare, le converti se fait aider. On comprend l'élève et le professeur communiant dans un même souhait : vivre et transmettre son expérience.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), modillon du chevet nord.
A Aulnay, l'acrobate le plus célèbre de l'art roman européen. Un personnage prenant la position du "poirier". Il est nu, ce qui ajoute à la symbolique du retournement. Cette nudité parle de l'importance d'être pur, de se débarrasser de ses anciennes croyances afin de réussir sa conversion.
On voit sur les églises de la Saintonge - mais c'est un symbole que l'on retrouve sur nombre d'édifices romans à travers l'Europe - de nombreux acrobates. Et si ceux présentés aujourd'hui sont en train de conclure favorablement leur effort, il en est beaucoup d'autres qui se sont mélangés les articulations et sont bons pour repasser leurs examens.
Église d'Annepont (Charente-Maritime), modillon du chevet.
Avec mon mauvais penchant, et mon envie de polémique, je remarque qu'il n'y a aucune femme qui entame une conversion sur les églises. Ce sont toujours des hommes ... la femme n'a pas bonne image en cette époque à part si elle est Marie-sainte Vierge ou une vertu, ou même Eve ... mais leur statut dans l'Église les exempte de cet effort ... Pour nous pauvres terriennes, c'est une autre histoire ...
Cet animal d'Egypte, du bord du Nil, est un modèle selon l'Église. Blanc, très propre, il est considéré plein de piété et de vertu. Il est l'image du sacrifice.
Enluminure, médiathèque de Troyes, ms 177, f144v
Si ses petits meurent pour une raison ou une autre, la mère pélican se perce le poitrail avec son bec et, en les arrosant de son sang, les ressuscite.
Église de Villiers-sous-Chizé (Deux-Sèvres), église en ruine, voussure d'une ancienne fenêtre.
Il est l'image du Christ saignant sur sa croix pour racheter nos péchés ou de Dieu ressuscitant son fils trois jours après sa mort.
Extrait du vitrail dit "de la litanie des saints" de La Chapelle sud de l'église de Saint-Jean-d'Angle (Charente-Maritime), auteur inconnu contemporain.
le pélican devient ainsi le symbole de la résurrection.
Église de Lusignan (Vienne), voussure du portail sud sous le porche.
dans certains écrits, il est raconté dans un drame familial : "quelques jours après leur naissance les jeunes pélicans sont affamés. Ils frappent leurs parents avec leur petit bec pointu. Agacé, le père les frappe et oubliant sa force, les tue. Honteux, il s'éloigne du nid et va faire pénitence. la mère désespérée pousse des cris, bat des ailes, se perce le flanc et inonde ses enfants de son sang. Les bébés renaissent ..."
Cathédrale de Metz, fronton du portail
"... épuisée la mère se couche au fond du nid et se prépare à mourir. Ingrats certains des petits la laissent dans cet état, mais d'autres, plus généreux et reconnaissants, vont lui chercher de la nourriture pour qu'elle retrouve sa vigueur. Lorsque le père revient et apprend la conduite de ses fils, il châtie les mauvais et récompense les bons". Les bonnes âmes seront accueillies près de Dieu, les mauvaises âmes seront punies aux enfers !
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.
Il y a selon les physiologus (manuscrits regroupant toutes les connaissances sur la faune et la flore médiévale), deux variétés de pélicans. Le premier vit dans les rivières et mange des poissons ...
Enluminure du Natura rerum de la bibliothèque municipale de Valenciennes, ms 320 f.105r.
... l'autre vit dans les champs et se nourrit de serpents, de lézards et d'autres bêtes venimeuses.
Enluminure duNatura rerum de la bibliothèque municipale de Valenciennes, ms 101 f.196v.
Les seigneurs et puissants ont souvent intégré le pélican et ses enfants sur leur armoiries pour rappeler leur attachement à la couronne de France et/ou leur loyauté envers les plus faibles.
Le bestiaire médiéval n'est pas tendre avec le paon.
Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail.
Il le trouve certes très beau, aux couleurs vives et chatoyantes, au portail bombé bleu roi, au plumage extraordinaire, à la queue ornée d'au moins 40 yeux ... Mais ...
Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussures du portail.
... son cri est épouvantable, qui ne peut-être qu'hérité du diable. Les yeux de sa queue, un rappel constant de l'oeil scrutateur ... peut-être de Dieu ... dont le vaniteux craint le jugement ...
Église Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), chapiteau extérieur d'une fenêtre du choeur.
C'est un animal imbu de son allure, ce trouvant très attirant, et pourtant plein de rancoeur car s'il est fier de son apparence, il ressent pour ses pieds très laids une grande honte au point qu'il les cache dans la vase. Et sa honte vient qu'il a conscience qu'il marche dans la fange de ses péchés à l'égal de l'homme pécheur qui ne reconnait pas ses erreurs.
Église de Nieul-sur-l'Autise (Vendée), chapiteaux du portail.
Les bestiaires expliquent que ce sont des oiseaux rares. D'abord parce que malgré la beauté du mâle qui s'évertue à faire la roue - présentant ainsi son anus disgracieux - pour séduire les femelles, elles ne sont guère intéressées ; cela expliquerait qu'ils se reproduisent peu. Ensuite parce qu'à force de se faire rembarrer, il houspille les femelles jusque dans leurs nids et, si elles couvent, écrasent les oeufs par sa gaucherie.
Église de Tanzac (Charente-Maritime), modillon du chevet.
Et cette rareté ajoute à l'intérêt que les gens de pouvoir et d'argent ont pour le paon. Pour décorer les tables de banquet des princes et des nobles, on l'exhibe cuit et décoré de ses plumes au centre des plats servis. Le paon le sait - affirme les bestiaires- il en tire une grande fierté.
enluminure, 12e siècle. paon faisant la roue.
Mais on ne mange pas sa chair de mauvais gout, sentant fort et coriace. Tout est dans l'apparence ...
enluminure, natura rerum, bibliothèque municipale de Valenciennes, 320 f. 105v.
Les romains virent sur sa queue 100 yeux attribués à Junon, que Héra à sa mort, offrit à l'oiseau. Pour les naturalistes du moyen Âge sous l'influence de l'Église, il devient le symbole de la fatuité de l'homme cherchant sans cesse à se singulariser, prompte à séduire par tous les moyens, privilégiant l'apparence et non la conscience et la moralité !
enluminure, natura rerum, bibliothèque municipale de Valenciennes, 101 f. 186v.
Le coq est dans la symbolique médiévale, un oiseau ambivalent faisant partie des animaux domestiques. Au Moyen Âge est qualifié de domestique tout animal qui vit autour des habitats et partagent, de proche ou de loin, leur quotidien. L'abeille, la mouche, le moineau comme le porc ou le chien sont classifiés domestiques.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), chapiteau d'une fenêtre nord.
les bestiaires (ouvrages regroupant l'ensemble du règne animal répertorié : animaux "vrais" comme "mythiques") voient en lui un animal familier, chanteur sans véritable nuance. - plutôt un cri qu'un chant d'ailleurs, souvent raillé. On le dit sans mystère. Il est considéré courageux, défendant vaillamment son poulailler et ses femelles, n'hésitant pas à affronter plus fort que lui si nécessaire. Il est dit l'ennemi du renard, du loup et même du lion.
Église de Biron (Charente-Maritime), archivolte du portail. Un coq suivi d'un porc.
mais à contrario on le qualifie aussi de vaniteux, sans reconnaissance pour autrui, lubrique, pratiquant le coït d'une poule à l'autre toute la journée, et cependant qualifié de "sensuel". On le dit fat et fier de ses plumes, de sa crête et de son jabot qu'il affiche fièrement. Il est convaincu de son irrésistible beauté ! Il marche comme un paon, tenterait même de faire la roue sans y parvenir. C'est aussi un jaloux reignant sans partage sur sa base-cour.
Église de Gensac-la-Pallue (Charente), frise de la façade.
Son chant est familier aux voyageurs et aux pèlerins qui, lorsqu'ils l'entendent, en déduisent qu'ils sont proches d'un village où trouver refuge. C'est un son familier, rassurant. Il chante à heure fixe ce qui en fait un guide qui rythme le jour et les travaux à y accomplir.
Église de Macqueville (Charente-Maritime), voussure de la porte nord.
D'abord attribué à saint Pierre parce que le coq chanta par trois fois pour souligner son reniement à Jésus - attribut plus tard remplacé par les clés - le coq est l'image du repentir et de la pénitence pour le chrétien.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), vitrail de Gesta 19e siècle.
les premiers coqs installés aux clochers des églises, dès avant l'an mille l'étaient sur les églises dédiées à Saint-Pierre. Par la suite cet usage s'étendit sur la plupart des églises chrétiennes romaines, l'oiseau "de Pierre" devenant l'oiseau vigilant surveillant les alentours et par son chant/cri éloignant les forces du mal. Et s'il chante aussi la nuit c'est pour apeurer les démons et les voleurs. S'il chante le jour s'est pour encourager le travailleur à la tâche dès potron-minet !
Église de Beauvais-sur-Matha (Charente-Maritime), girouette installée à la restauration du toit du clocher en 1999 et presque aussitôt disparue. l'oiseau s'est envolé !
Certains chroniqueurs à la fin du Moyen Âge (fin du 15e siècle) firent du coq l'emblème du roi de France, et de la France elle-même. L'entourage de François 1er (149-1547) mettra en scène un véritable programme construit sur la symbolique du coq de cette époque : lucide, fier, courageux, solaire. Le coq est aujourd'hui encore le symbole de la France.
Église de Barret (Charente), décor du portail.
le coq devenu vieux est oublieux, distrait, négligent ; on dit au Moyen Âge pour quelqu'un qui à la mémoire courte "qu'il a une mémoire de vieux coq". Le vieux coq médiéval se met à pondre des oeufs plus petits et plus ronds que ceux de la poule. Et si par le plus grand des hasards, ces oeufs sont couvés par un aspic (petite vipère noire) ou tout autre animal vénéneux comme le dragon, nait un être terrifiant : le basilic, mi-coq mi-serpent, au corps empli de venin et au regard tueur. Si l'on croise le regard du basilic, on meurt instantanément.
Église de Chadenac (Charente-Maritime), voussure du portail, basilic.
Merci à Michel Pastoureau pour son immense culture et ses écrits sur le bestiaire du Moyen Âge. Il a écrit une phrase magnifique qui décrit bien la notion de l'animal médiéval ne faisant pas la différence entre réalité et fantastique "le réel est une chose, le vrai en est une autre" !
Promenades dans le riche patrimoine matériel et immatériel de la Saintonge (Charente-Maritime) : art roman, gothique, moderne, pictural, naturel et humain.