Mai est le mois du signe des Gémeaux. Gémini en latin populaire.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail.
Il s'agit de la représentation de deux humains se tenant par les épaules dans une gestuelle fraternelle. Le symbole est inspiré des jumeaux Castor et Polux de la mythologie grecque. Deux frères jumeaux en âge de porter les armes et qui de par leur "inséparabilité" étaient tout puissants. Ils représentent les sauveurs des situations désespérées et protecteurs des marins et plus largement de celui qui travaille à nourrir les autres.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail.
A la différence des autres signes des zodiaques romans, les Gémeaux ne sont pas accompagnés d'une activité agricole du mois. Cette représentation apporte dans le zodiaque un message de solidarité, d'entraide et de partage au seing de la famille et/ou les relations amicales/sociales indispensables à la "survie" et la bonne réalisation du travail.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
Il a totalement disparu sur le zodiaque de l'église d'Argenton-les-vallées (Deux-Sèvres)
ce signe peut aussi apparaitre dans des zodiaques partiels. Son message reste le même.
Église de Surgères (Charente-Maritime), ligne de modillons et métopes sur le second étage de la façade.
Sur le bandeau de la façade de l'église de Aubeterre-sur-Dronne (Charente) qui affiche un zodiaque en six tableaux, il est plutôt question de la transhumance du bétail.
Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente), bandeau sur la façade.
Il ne faut pas le confondre avec d'autres couples que l'on peut apercevoir sur nombres d'églises et qui sont plutôt le rappel du couple "homme/femme", souvent plus enlacés que se tenant par les épaules ...
Église de Marignac (Charente-Maritime), modillon du chevet.
... voire en position légèrement coquine ! ...
Église de Corme-Écluse (Charente-Maritime), modillon de la façade.
Église de Maillezais (Vendée), modillon de la façade. Restaurée "à la moderne" !)
Église d'Échillais (Charente-Maritime), modillon de la façade.
voire même grivoise !!
Église de Champagnoles (Charente-Maritime), modillon du chevet. Franchement cochon, si l'on regarde bien les détails entre les jambes !!!
Avril est le mois du signe du taureau, "taurus" en latin.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail.
C'est le mois où l'on taille, ausculte et nettoie la vigne. Sur le zodiaque roman on peut voir un personnage, généralement assis dans ses vignes s'occupant à la tailler et surveiller ses bourgeons. Au-dessus, le taureau diversement interprété. A Aulnay-de-Saintonge, il est très "poilu" !
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail, détail.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail.
A Civray (Vienne), il ne reste plus que la croupe de l'animal au-dessus d'un personnage qui a perdu sa tête. A Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres) il est encore plus érodé !
Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail.
Il arrive que sur un modillon, dans une métope ou sur une chapiteau apparaisse un personnage s'occupant de la vigne comme à Melle-Saint-Pierre (Deux-Sèvres). Il s'agit de marquer l'époque où commençait le chantier. Nombreux sont les chantiers qui débutent à cette époque quand les périodes de gels s'effacent au profit de belles journées propices aux grands ouvrages. Les chantiers en extérieur cessaient pendant la période hivernale.
Église Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), Modillon du chevet.
Il peut aussi, ici, être question de la dîme, impôt dû à l'Église (1/10ème de ce que l'on produit, versé généralement en nature), bien que sur les zodiaques, il en est plutôt question en août /septembre.
Et puis rien ne vaut un beau taureau, réjoui, que l'on retrouve fréquemment sur les modillons des églises. Il peut alors être le symbole de l'évangéliste Luc comme à Ecoyeux (Charente-Maritime) généralement côtoyant d'autres symboles (le lion - l'évangéliste Marc ou l'aigle - l'évangéliste Jean) ...
Église d'Ecoyeux (Charente-Maritime), modillon de la façade.
... ou simplement de l'animal indispensable au paysan, "tracteur" le plus souvent, reproducteur aussi, et symbole de sa puissance et de la richesse de son possesseur.
Église de Saint-Michel-d'Entraygues (Charente), Modillon d'une des absidioles.
Église de Trois-Palis (Charente), modillon sur la façade.
Chaque église possède au moins un "engoulant" (ou mange colonne ou masque ...). peu importe le nom dont on l'affuble, il est l'âme et l'identité des églises de la Saintonge.
Église de Bords (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.
Église de Bernay-saint-Martin (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.
Église de Saint-Romans-de-Melle (Deux-Sèvres), chapiteau du portail.
Église de Contré (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre du 1er étage.
Église de Chadenac (Charente-Maritime), chapiteau du portail.
Église de Saint-Martial-de-Loulay (Charente-Maritime), chapiteau résiduel fiché sur l'angle à l'arrière de l'édifice.
Église de Nantillé (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.
Église de Chermignac (Charente-Maritime), chapiteau de fenêtre.
Église de Civray (Vienne), chapiteau de fenêtre du 1er étage.
Église de Périgné (Deux-Sèvres), chapiteau de fenêtre.
Il représente l'homme et ses différentes facettes face à la Chrétienté. Tour à tour agressif, colérique et même parfois aimable ou dubitatif, il est sur les édifices leur protecteur/dévoreur.
Église de Bords (Charente-Maritime), colonne d'une fenêtre du chevet.
implanté pour conjurer les mauvais sorts, pour apporter protection à l'édifice, il est aussi un rappel à tout Chrétien en devenir qu'il se doit de respecter ce lieu, de ne pas le détruire par de mauvaises paroles, de ne pas entamer son rôle de rassembleur.
Église de Dampierre-sur-Boutonne (Charente-Maritime), colonne de la fenêtre du chevet.
Peut-être inspiré par un dessin sur étoffe d'un marchand chinois qui serait venu participer à une foire dans une ville de la Saintonge selon Chasseloup-Laubat de l'académie de Saintonge (1960), "la grande goule" comme le surnomme les Charentais-Maritimes en patois est omniprésent en Charente-Maritime. Pas une église qui n'en n'affiche au moins un ! L'église de Bords, la plus généreuse, en affiche 8, Aulnay-de-Saintonge 7 !
source : réflexions sur la Saintonge romane de F. de Chasseloup-Laubat (1960)
Il est généralement figuré par une tête dragonne, mais revêt souvent les traits de visages humains très expressifs qui sont comme un miroir à celui qui les regarde.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), porte nord. Mon préféré !!!
Aucun n'est identique. Cette particularité fait même l'identité de l'église. Et derrière chacun de ces masques on devine immédiatement quel est l'édifice concerné !
Église de Saint-Romans-les-Melles (Deux-Sèvres), façade occidentale.
Partir à la chasse aux enroulants est un jeu passionnant et peut devenir additif. Ils peuvent être à l'extérieur comme à l'intérieur du bâtiment, être très visibles ou parfois presque invisibles, soit à cause des restaurations successives, soit par souci du bâtisseur de ne pas effrayer trop vite les entrants.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), gauche du mur sud.
Mars est le mois du bélier sur les zodiaques des églises romanes.
Sur les édifices Romans de la Saintonge qui possèdent un zodiaque, étrangement, rares sont ceux qui ont conservé cette étape de la "démonstration céleste" des entailleurs romans. Fenioux est le mieux conservé !
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, le bélier.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail, le travail du mois.
C'est l'arrivée des premiers beaux jours sans gel et le réveil des rivières. L'anguille remonte les cours d'eau pour frayer ; et le paysan part à la pèche et place ses pièges.
Sur le zodiaque, il lève un bâton pour taper sur la tète de l'anguille. C'est encore ainsi qu'on la "récolte" aujourd'hui à la sortie des nasses placées aux endroits stratégiques, dans les anses et les coudes de ces petits cours d'eau bouillonnants en cette saison presque printanière et où ces bestioles pondent à l'abri des flux et reflux des courants.
Église de Cognac (Charente), voussure du portail, le travail du mois.
Église de Cognac (Charente), voussure du portail, Ce qui reste du bélier.
Sur l'église d'Aulnay-de-Saintonge, le mois de mars à disparu remplacé par des blocs nus.
Sur l'église de Civray (Vienne), il y a un échange de signe et le mois de mars porte - ce qui sur les autres zodiaques correspond au mois d'avril : la taille de la vigne.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail, le travail du mois et le bélier, placés au-dessus du signe de février : les poissons.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail, le bélier.
Sur l'église de Saint-Pompain (Deux-Sèvres), il ne reste que le bélier ! qui de surcroit est ailé, ce qui peut sous-entendre qu'il s'agirait de la représentation symbolique de la puissance du Christ plutôt que le signe du zodiaque, pourtant placé sur la voussure qui accueille certains autres signes célestes ... d'autant que ce bélier est très naturaliste et non placé dans une mandore (amande). Sagit-il d'une réinterprétation liée à la restauration du 20e siècle ? un mélange des genres ? ... allez savoir !?
Église de Saint-Pompain (Deux-Sèvres), voussure du portail, le bélier.
Quant à l'église d'Argenton-les-Vallées (deux-Sèvres), il ne reste plus que des bribes du signe difficiles à lire. On y devine le bélier, animal bondissant au-dessus d'un personnage qui comme à Civray semble tailler la vigne.
Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail.
Allez ! encore un petit effort, le printemps arrive, et déjà le changement climatique fait mentir ces zodiaques de presque 1000 ans d'âge ; au dire des amateurs, les anguilles sont en avance pour frayer ... et dans mon petit jardin "suspendu" les fleurs de printemps sont déjà écloses !!!
Les 7 péchés sont la base de la morale chrétienne du Moyen Âge et largement diffusés dans les décors romans. Parfois présentés par des masques expressifs, ils sont aussi symbolisés par des animaux totems mythiques ou réels, héritage de religions polythéistes (celtique, grecque, germanique, romaine ...) que la Chrétienté a su recycler, absorber et rendre à ses récents adeptes. Une manière de rassurer et de séduire les plus rebelles à abandonner leur appartenance à une foi plus ancienne.
Église de Saint-Mandé-sur-Brédoire (Charente-Maritime), modillon du portail sud.
la luxure est un péché très "apprécié" par les entailleurs pendant la période romane, d'autant qu'il est plutôt bien accepté dans la société et même dans une certaine mesure par l'Église, qui si elle réprime sévèrement le péché de chair hors mariage, n'en n'est pas moins tolérante d'une faiblesse très "humaine". Fleurissent sur les édifices romans des modillons - outre les masques - offrant des scènes peu équivoques.
Église de Marignac (Charente-Maritime) chapiteau intérieur. Un couple semble en harmonie, mais la dame fait discrètement signe à son amant !
N'est-il pas dit dans les textes un "croissez et multipliez" qui en dit long sur la nécessité de l'acte sexuel. Certes l'Église le codifie, l'organise, le cadre dans un contexte acceptable pour la moralité ; tente de le contrôler en vain. Les bordels où se réfugient des femmes désavouées, jetées à la rue, répudiées ou simplement veuves sans famille ni revenus, datent de cette époque et l'Église participe (soutien) à leur activité.
Église de Civray (Vienne) modillon de la façade.
Outre que l'Église ne peut pas être sous chaque porte cochère, derrière chaque église ou à côté de chaque mari ou femme adultère, elle voit s'ouvrir dans chaque village qu'elle a aidé à développer, des maisons closes que les religieux comme les laïcs pratiquent. Elles sont pour ces femmes que la société rejettent souvent injustement le seul échappatoire à la clochardise ; les couvents étant réservées aux femmes de la riche bourgeoisie et de la noblesse.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), Voussure de la fenêtre du choeur : le masque et l'animal totem qui symbolise le péché de luxure : la sirène oiseau ou la sirène poisson.
De même, il n'est pas rare dans cette époque romane (11e et 12e siècle) de voir des religieux - hors monastères - prendre femme et maîtresses. le libertinage est un défaut qui s'affiche en et hors les "murs". du bien pensant. D'autant que cette époque est moins puritaine que ne le sera le 13e siècle et les suivants ... pour parvenir au 19e siècle à une asphyxie par l'intolérance.
Église de Traité (Vienne) modillon de la façade.
C'est d'ailleurs au 19e siècle que la scène biblique de la faute d'Adam et Eve passera d'une interprétation du péché de gloutonnerie (parce qu'ils mangèrent le fruit défendu --> donc qu'ils mangèrent plus que nécessaire), au péché de luxure (parce qu'ils étaient nus !) en oubliant que c'était Dieu lui-même qui les avait fait ainsi. Oublié l'Eden et son climat tempéré qui n'exigeait aucun vêtement pour se protéger du froid, oublié la liberté de deux êtres qui n'avaient rien à cacher ... juste leur immense curiosité !
chocking !
Église de Surgères (Charente-Maritime) modillon de façade.
Des portraits de femme jeune, les cheveux défaits sur les épaules sont une représentation fréquente du péché de luxure et une alternative aux masques - héritage romain - souvent plus énigmatiques. Les femmes "propres" sont équipées d'un voile (sur les cheveux) et d'un gorget (tissu englobant le menton et le cou) ; ou encore d'une coiffe ou d'une couronne et des cheveux visibles, soit, mais très ordonnés. Ces jeunes femmes- de petite vertu dira le poète - souvent jolies affichent une certaine "compassion" pour ce péché que les entailleurs devaient trouver "gracieux".
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime) modillon du portail occidental.
La sirène/poisson (parfois oiseau) est l'animal totem le plus utilisé : monstre marin, mi femme ou homme, mi poisson (originaire du grand nord) ou mi-oiseau (originaire de la Grèce). Elle attire par ses chants et douces paroles les marins qui vont échouer leur navire sur les récifs et périssent. Elle représente la séduction dangereuse des illusions et la tentation née de la chair. Dans l'art roman elle personnifie les trois concupiscences, penchants à jouir des biens terrestres : gourmandise - luxure - paresse et est l'emblème de la volupté.
Église d'Aubeterre-sur-Dronne (Charente) chapiteau du portail.
On la retrouve sur la majorité des églises de la Saintonge romane portant le fardeau de nos faiblesses corporelles et affectives ; tour à tour arrogante, drôle, fragile et séduisante.
Église de Rétaud (Charente-Maritime) chapiteau de la façade.
A l'époque romane, la sirène est invariablement femelle ou mâle, tenant parfois un poisson dans ses mains : la faiblesse piégée ... et souvent affublée d'une longue tresse : qui pourrait être, bien caché, son compagnon de "fortune" : le serpent (grand tentateur) ; élément phallique ou corde qui lie l'homme séduit par son charme.
Église de Foussais (Vendée) détail de la voussure du portail.
Église de Surgères (Charente-Maritime) métope de façade.
Une sirène qui se tient la queue peut signifier l'importance de contraindre ses pulsions et tenter de réparer ses fautes.
Église de Macqueville (Charente-Maritime) chapiteau intérieur. Une sirène aux longs cheveux porte un poisson à bout de bras.
Église de Nieul-sur-L'Autise (Vendée) chapiteau du portail. Sansom et Dalila.
La scène biblique qui raconte le moment ou Dalila coupe les cheveux de Sansom pendant son sommeil afin de lui ôter sa force personnifie le péché de luxure. Car si Sansom n'avait pas succomber à son charme et révéler son secret ... rien ne serait arrivé ... enfin c'est ce que disent les textes !
Église de Puyrolland (Charente-Maritime) chapiteau du portail. une sirène pécheresse.
Église de Contré (Charente-Maritime) modillon du chevet. Madame !
les nombreux décors sexualisés, particulièrement sur les modillons, que l'on rencontre pratiquement sur toutes les églises romanes de la Saintonge ne sont pas un rappel des débordements de la luxure. Plus sûrement une tradition grivoise des tailleurs de pierre qui trouvaient à l'arrière des édifices, sur les chevets souvent côté nord et dans des coins sombres un terrain favorable à quelques libertinages. C'est une histoire qui reste d'actualité !
Église de Givrezac (Charente-Maritime) modillon du chevet. Monsieur !
Cette abondance de sexes masculins et féminins, franchement affichés est porteur d'un message. Il parle du côté animal de l'être humain qui peut l'envahir à tout moment. Le rôle du Chrétien est de lutter afin que cet aspect animal soit dompté par l'âme, la pensée, l'intelligence humaine.
La luxure sous toutes ses formes exprimées était un péché très populaire à l'époque romane !!
Venez nous rejoindre au salon du livre de L'Houmeau le dimanche 15 février à partir de 10h00 et jusqu'à 18h00 sans interruption.
Je serai là et présenterai les différents livres déjà écrits sur le patrimoine roman de la Saintonge et le dernier né sur les Vitraux des Vals de Saintonge.
Venez nombreux ... et si vous saturez un peu des nombreux livres présentés sur les stands d'éditeurs et d'écrivains de notre territoire, il vous restera à aller prendre un bol d'air iodé sur le bord de mer, L'Houmeau est sur la côte !!!
Février est le mois du signe des poissons, pisces en latin populaire.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
Le signe des poissons à l'époque romane est deux poissons tête-bêche - type sardine - reliés par un cordon.
Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
A l'origine quand il était mal venu de s'afficher Chrétien (entre les 1er et 5e siècles, période romaine), par acte de dissidence envers l'ordre politique, les Chrétiens portaient en signe de reconnaissance discrète à l'arrière de leur boucle de ceinturon, dans leur vêtement un signe formé d'un trait représentant un poisson ...
... ainsi que sur les murs des lieux de culte comme dans le baptistère paléochrétien de chez Pérot au village de Le Douhet (3e siècle).
Le signe est accompagné de l'activité du mois pour le paysan. Un personnage est assis sous un dais (c'est le signe qu'il est à l'intérieur d'un lieu clos). Sur l'illustration d'Aulnay, on aperçoit même un pan de mur d'habitation marqué par un petit oculus en forme de trèfle et une colonne à chapiteau.
Église de Civray (Vienne), voussure du portail occidental.
Ce personnage est assis, jambes écartées avec une bourse entre ses pieds. Il est vêtu à la romaine d'une toge et porte une fibule sur la poitrine, sorte de broche maintenant les deux pans d'une cape portée sur les épaules.
Église d'Argenton-les-vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail occidental. C'est tout ce qui reste de la scène.
Il est temps de payer l'impôt sur le sel : la gabelle. C'est un impôt national, obligatoire. Le sel est un condiment indispensable pour la conservation des aliments.
Église Saint-Léger de Cognac (Charente), voussure du portail occidental. Il ne subsiste du signe que les poissons. Le personnage de cette image (au-dessus des poissons) appartient au signe du bélier.
Ce personnage est un collecteur d'impôt romain habillé de sa toge, installé dans un bâtiment public.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail occidental.
Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail occidental. Détail de ce qui reste des poissons.
Sur la façade de l'église d'Aubeterre-sur-Drone, la scène est un peu différente. Si les poissons sont là, le personnage est un forgeron qui travaille une lame.
Église d'Aubeterre-sur-Drone (Charente), bandeau de la façade.
Souvent on voit sur les modillons des églises juste deux poissons, parfois même pas tête-bêche qui peuvent, soit être le signe chrétien ou simplement l'activité de la pêche - la chair du poisson et les coquillages sont plus consommés que la viande par les populations paysannes et de petite bourgeoisie ...
Église Saint-Hilaire de Melle (Deux-Sèvres), modillon de la nef. La première photo montre un décor non restauré, la suivante la version reconstituée.
... à moins que cette illustration ne symbolise la parabole du miracle de la multiplication des cinq pains et deux poissons par Jésus.
« Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades. Le soir étant venu, les disciples s'approchèrent de lui, et dirent : Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée; renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages, pour s'acheter des vivres. Jésus leur répondit : Ils n'ont pas besoin de s'en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. Et il dit : Apportez-les-moi. Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants. »
Église de Givrezac (Charente-Maritime), modillon du chevet.
Sur l'église Saint-Pierre de Melle, dans une métope (espace entre deux modillons souvent sculptés pendant la période romane) on trouve deux poissons têtes bêche. Il existe sur cet édifice quelques éléments d'un zodiaque - très partiel - principalement sur les métopes de la porte sud.
Église Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), métope du portail sud.
S'il est un animal que le Moyen Âge a négligé en tant que symbole mais pourtant le représentant souvent, c'est bien le lapin (ou le lièvre).
Église de Bourg-Charente (Charente), modillon du chevet.
Très présent sur les modillons des églises de la Saintonge, il est généralement l'animal préféré de la chasse, quelle soit celle du chien comme celle de l'homme.
Église de Chalais (Charente),voussure du portail.
Si le cerf ou le sanglier sont des gibiers réservés aux nobles - un paysan qui chasserait ce type d'animal serait condamné à mort - le lapin est autorisé à la chasse pour tout un chacun ... à condition d'en demander l'autorisation au seigneur ...
Église de Contré (Charente-Maritime), archivolte du portail sud. Le chien (en haut) courre après les lapins (dessous).
Les romains considéraient le lapin comme symbole de fertilité, mais aussi de perfidie ...
Église de Corme-Ecluse (Charente-Maritime), clé d'un décor d'une fenêtre.
... l'Église du Moyen Âge réprimant ces penchants grivois, le lapin perdit tout intérêt et sa symbolique se cantonna autour du péché de paresse dont il est le totem sur la très belle fenêtre du Chevet de l'église de Matha-Marestay représentant les 7 péchés capitaux exprimés par des masques.
Église de Matha-Marestay (Charente-Maritime), voussure de la fenêtre du chevet.
Il est fréquemment dessiné dans les marges des manuscrits enluminés, il est anthropomorphique et singe nos comportements les plus violents ou déviants.
Miniature, dessin de marge, 12e siècle. Un juste retour des choses!
Miniature, décor de marge de manuscrit 12e siècle.
Il est aussi un animal rapide, fuyant, peureux et l'homme du Moyen Âge aime à le représenter en animal secondaire du quotidien.
Église de Fontenet (Charente-Maritime), rare élément restant de la voussure du portail, un lapin pris au collet.
Il est aussi, au même titre que les volailles ou les abeilles, un animal domestique élevé tant pour sa chair que sa fourrure.
Église de La Jarne (Charente-Maritime), archivolte du portail.
dans un roman très populaire du 12e siècle : "le roman de renard", critique sociale où les protagonistes sont des animaux endossant des rôles d'humains , son identité porte le nom de "Couard". il est considéré comme furtif, casanier et peu enclin à sympathiser avec les autres, Il préfère la pénombre de son terrier. Renart le héros ne lui fait pas confiance. Couard est colporteur de ragots et rumeurs.
Église de Macqueville (Charente-Maritime), Modillon de la nef nord.
Le fabuliste Esope très populaire au 12e siècle (dont La Fontaine s'inspirera au 17e siècle) fait du lapin un animal peu batailleur et servant fréquemment de souffre douleur à l'aigle ou à la belette.
Miniature du 13e siècle, livre de fables.
Enfin, parfois dans des fables et anecdotes colportées par les troubadours à la cour seigneuriale, on lui attribue d'étranges pouvoirs, la nuit tombée, où il danserait autour d'autels de pierre sous la lune pour appeler les démons ...
Église de Matha-Saint-Hérie (Charente-Maritime), modillon du mur sud. Un lapin à la lune.
Promenades dans le riche patrimoine matériel et immatériel de la Saintonge (Charente-Maritime) : art roman, gothique, moderne, pictural, naturel et humain.