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Hypocras, vous avez parlez d'hypocras !

Publié le par Esla

 

Quand on parle d'hypocras, il ne s'agit pas d'une recette pour aller faire des misères à son voisin avec hypocrisie ou un breuvage secret et succulent à boire tout seul dans son coin pour affirmer plus tard, hypocritement qu'on n'a rien bu !!!

Mais bien du "liquide" le plus bu au Moyen Âge !

Église de la Croix-Comtesse (Charente-Maritime), chapiteau intérieur du carré du transept.

Le nom d'hypocras, ou "ypocras" ou encore "hipocras" - jusqu'à François 1er (15e siècle) qui instaura ce qui deviendra l'Académie française garante de notre belle langue - l'orthographe ou ortografe (selon une règle éditée par l'État en 1986 de simplification de l'orthographe et qui n'a jamais pu être vraiment appliquée "ouf") n'était pas stable. Celui qui écrivait appliquait ses propres règles influencées par sa culture, son origine territoriale, sa langue patoisante ... On a recensé pas moins de quinze variations d'écritures pour ce breuvage à l'histoire rebondissante à travers les âges.

Église d'Esnandes (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Premier tableau :

Le sieur Hippocrate ( né autour de 460 avant J.C. et mort vers 351 avant J.C.) est un célèbre prêtre - médecin grec appartenant aux temples d'Asclépias dieu de la médecine. Il est probablement le premier médecin à parler de l'influence du régime alimentaire sur la santé et à développer un discours théorique très sérieux sur la diététique comme remède aux maux du corps et de l'esprit, encore de pleine actualité me semble-il ...

Église de Civray (Vienne), Modillon de la façade.

Deuxième tableau :

En Europe, l'influence des Romains, eux-mêmes fortement influencés par la culture grecque, promulguent ces théories médicales héritées d'Hyppocrate et les adaptent aux traditions et codes alimentaires locaux. Le nom d'Hyppocrate en langue d'Oc s'écrit et se prononce hipocras ou ipocras.

Grappe tardive prête à être récoltée (photo en Saintonge en 2012).

Troisième tableau :

Le vin d'épices est connu depuis l'Antiquité. Le mélange sert à masquer le goût de vins de qualité médiocre et mal conservés. La grande quantité de sucre utilisé constitué de miels forts riches en fructose prolonge la conservation du liquide. Au 12e siècle, Chrétien de Troyes fait boire à son héros Perceval un "pimen" (du latin "pigmentum" qui veut dire arôme) dans son roman du Graal. On parle aussi aussi de "clairet". La ville de Montpellier, au 13e siècle, fait sa fortune du commerce de vins d'épices avec l'Angleterre. Dans le Menagier de Paris (livre de bonnes manières écrit par un "bourgeois parisien nouvellement marié" à l'usage de la ménagère du 14e siècle) l'auteur le conseille à tous les grands repas. Gilles de Rais compagnon de Jeanne d'Arc et jouisseur devant l'éternel - auquel il devra des comptes - au 15e siècle en consommait plusieurs litres par jour ...

Page de garde du Ménagier de Paris réédité en 1848.

Quatrième tableau :

Très tôt dans l'histoire de la médecine, le vin est déclaré ingrédient de base à de nombreuses potions soignantes. Il a même une réputation bien ancrée de médecine miracle ! idem pour les épices et le sucre du miel. Il est à parier que les premiers vins produits de main d'homme ont engendré immédiatement les premiers arguments pour rendre la douceur et/ou la douleur de son ivresse indispensable !

De très anciens manuels médicaux n'hésitent pas à en faire l'apologie : "le grain écrasé au pressoir donne un suc dont la fermentation lente possède grandes vertus à la santé ... il nourrit le corps, rend la santé, prévient les infirmités, aide à la digestion, renforce la chaleur naturelle, clarifie les idées, ouvre les artères, repose le cerveau, met fin à l'égorgement du foie, enlève du coeur la tristesse et favorise la procréation ..." etc ... des arguments qu'ils nous arrivent encore d'entendre dans la bouche de ceux - mais pas nous bien sûr - qui en revendiquent l'envie, voire l'abus !

Extrait du Ménagier de Paris, recommandations et recette de l'hypocras. 14e siècle.

Cinquième tableau :

Le miel est couramment utilisé pour sucrer. Le sucre issu de la canne à sucre ou de la betterave déjà en usage au Moyen-Âge est un produit onéreux comme les épices et réservé à l'aristocratie. le prix attractif d'un vin médiocre et bon marché allongé de quelques produits de luxe à dû être commercialement un autre argument décisif au-delà de l'aspect prétendument médical. Et puis l'eau rarement claire et potable n'est pas aussi délectable et ne fait pas partie de la principale source pour s'abreuver.

Église de Sainte-Colombe (Charente), bas relief de la façade qui narre l'histoire de sainte Colombe martyr. La sainte ci-dessus rendue au ciel après son exécution (d'où ses ailes) ne se désaltère pas de vin mais d'eau de la source qu'elle fit jaillir de ses larmes !

Épilogue :

Additionnons, Grand médecin + produit de santé + mot populaire + revenus substantiels = nous voici avec une boisson très prisée habillée de toutes les vertus encore en usage dans les pays de l'Est au 21e siècle. 

Raisin blanc de Saintonge (fin d'été 2015)

Elle a pourtant beaucoup évolué cette boisson ; passée d'un liquide sirupeux saturé de sucre et d'épices pour masquer une saveur sûre et acre, à une boisson parfumée et désaltérante qui varie au gré des époques, des saisons et des régions. On y ajoute des fruits frais, des noix, quelques gouttes d'alcool "moderne" et des épices "branchées" comme l'ambre gris, le macis, la cardamome ou le musc. Il y aurait autant d'hypocras que de préparateurs.

Aujourd'hui, par exemple, on produit un vin d'hypocras dans l'Allier avec des vins du Rhône. Il allonge les sauces, clôture un repas et égaie les fêtes médiévales très en vogue sur tout le territoire.

La cardamome.

Une recette de base à faire évoluer à votre fantaisie : 

Pour 1 litre de vin rouge ou blanc sec (préférer des Bordeaux un peu "lourds". Les vins légers supporteront moins bien le "traitement" aux épices !)

10 à 15 grammes de cannelle en bâton

10 grammes de gingembre frais

3 à 5 grammes de clous de girofle

4 grammes de maniguette ou 5 grammes de cardamome (attention la maniguette ou graines de paradis est proche de la cardamome mais plus forte en goût)

160 à 200 grammes de miel d'acacia ou un miel liquide clair (j'ai essayé avec des miels plus costauds comme le sapin ou la bruyère - pas convaincue !)

Fabrication :

- peler le gingembre, le  râper et l'écraser avec un "presse ail" pour en extraire tout le jus, à verser immédiatement dans le vin car ce jus se dégrade très vite à l'air libre.

- broyer toutes les épices et les ajouter au vin

- verser le miel et bien remuer à la cuillère en bois (le métal peut dégrader le goût) jusqu'à ce que le miel soit totalement incorporé au mélange

- laisser tremper une demi-journée en remuant le fond de temps en temps pour que les épices exhument tout leurs arômes

- passer lentement le tout à travers une passoire très fine étendue d'une toile de gaze. Recommencer ce processus plusieurs fois jusqu'à obtenir un vin sans impuretés.

- laissez reposer quelques jours au frais avant consommation.

- à boire rafraichi avec un glaçon.

ATTENTION, c'est une boisson un peu traitre qui enivre rapidement car le goût d'épices et de sucre masque l'alcool. D'autant qu'à l'époque du Moyen Âge auquel on se réfère généralement pour exprimer cette recette, les vins utilisés pesaient 3 ou 4 degrés max (de la petite bière en quelque sorte !) ; les vins d'aujourd'hui sont plus proches de 10-12 degrés. De plus, le fructose du miel augmente considérablement la puissance de l'alcool et fera allègrement sauter un Alcotest. Je vous rappelle que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Église de Chateauneuf-sur-Charente (Charente), modillon de la façade. Un buveur ravi et assoiffé boit à la rasade assis sur un tabouret typique. Cette assise était proposée aux haut-bourgeois invités à la table seigneuriale. L'église de Chateauneuf a été restaurée par Viollet le Duc au 19e siècle, ce qui laisse planer un doute sur la rénovation des décors qu'il y a trouvé en état avancé de délabrement et qu'il a souvent réinterprété très librement en y appliquant les lectures et règles de son siècle particulièrement puritain. Car s'il était un grand architecte français ayant posé les bases de l'architecture moderne (dictionnaire raisonné de l'architecture), le décor n'était pas sa spécialité.

Église de Saint-Savinien-sur-Charente (Charente-Maritime), modillon de la façade. et celui-ci que boit-il ? l'eau de la Charente à ses pieds - l'église construire en surplomb du fleuve servit de tour de surveillance au trafic maritime sur la Charente - ou du vin réputé des coteaux de Saintonge ?

Église de Givrezac (Charente-Maritime), modillon du chevet. Ce personnage la tête en bas tétant voracement son tonneau représente le péché de gloutonnerie et le danger de l'ivresse !

Trinquons !

textes et photos : Esla

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Exposition de vitrapatch de Esla à Pau (64000)

Publié le par Esla

Promenade, promenade.

J'ai la chance d'exposer dans une galerie d'artistes à Pau certains de mes patchwork/vitraux.

Les dates : du 23 octobre au 25 novembre prochains à la galerie JARDIN PERSAN.

Inspiré d'un vitrail de Dominique Morlet (installé en Charente-Maritime).

Certes, pour les Charentais-Maritime, cela semble loin, la ville de Pau, mais c'est toujours en Nouvelle Aquitaine et puis, peut-être y avez-vous des amis, de la famille, des relations ... je serais ravie de partager mon plaisir de "faiseuse d'images en tissus" avec eux.

Inspiré d'une aquarelle personnelle.

A vous de voir !!!

Texte, photos et patchworks

(dits vitrapatch - patchworks réalisés comme des vitraux) de Esla

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Une scène d'exception de l'art roman : la pesée des âmes

Publié le par Esla

La pesée des âmes est une scène classique fréquente sur les églises romanes de Saintonge, particulièrement en Charente-Maritime, même sur de modestes édifices. Elle est cependant présente sur la plupart des grands édifices de l'Europe érigés entre les 10e et 12e siècles.

Église de Maillezais (Vendée), chapiteau de la façade.

Très érodé, le chapiteau présente saint Michel à gauche, un démon arrogant à droite. On peut apercevoir le pénitent tout à fait à droite au pied du démon. 

La "pesée des âmes" est un rituel indispensable pour le défunt chrétien arrivant à la porte de l'au-delà. Elle consiste à juger du poids des fautes et des bontés exercées par le pêcheur tout au long de sa vie terrestre (repentir compris). L'archange saint Michel pèse l'âme du défunt secondé d'un ange qui accompagne la pauvre âme encore dans son enveloppe humaine.  Ils sont dérangés par des démons qui, bien dans leur rôle, tentent avec leurs mains griffues de faire pencher la balance en leur faveur. Ils présentent des mines réjouies dans l'anticipation de la récupération d'une âme déchue ; des tricheurs naïfs et un peu idiots face à la droiture et l'honnêteté du serviteur divin. Une espérance toujours déçue, puisqu'il est entendu que le paradis et le pardon sont à tous accordés. Dieu est miséricordieux ... c'est entendu !

Église de Corme-Royal (Charente-Maritime), chapiteau de la façade.

Saint Michel à droite porte la balance et démon à gauche essaie de peser sur le panier  pour se l'accaparer.

Ce jugement des morts est un thème hérité de l'ancienne Égypte ou Anubis "affrontait" le monstre Ammit pour les mêmes raisons ; n'oublions pas que la Bible fut écrite sur les territoires d'Afrique et d'Orient et s'est inspirée de leurs mythes. Un philosophe rappellerait que "rien ne se crée de rien", rient ne disparait vraiment, tout se transforme.

Pesée des âmes, papyrus égyptien (extrait du Livre des Morts)

Cette pesée des âmes, rituel présent dans l'ancien testament, a peu à peu "disparu" des nouveaux textes dès le milieu du 13e siècle ; probablement considéré trop "païen, trop "imagé", trop "étranger" dans une période où l'Église s'évertue à rendre son discours plus directif, plus exclusif. Mais elle est restée sur les églises construites avant cette ... censure intellectuelle ... d'un nouvel ordre religieux qui trouvait les influences extérieures néfastes à la pureté du dogme. Ce qui a fait dire à une de mes visiteuses lors d'une sortie découverte quand j'expliquais la pesée des âmes d'Aulnay-de-Saintonge "c'est pas possible, ça n'existe pas !" malgré l'évidente présence du bas relief du chevet ... personne n'est parfait !

Généralement saint Michel est placé grand sur l'arête du chapiteau ; il tient le fléau de la balance constituée de deux paniers. L'ange "aidant" derrière lui et le défunt dans son dos. les démons diversement illustrés sont "un peu partout" !

Église de Colombiers (Charente-Maritime), chapiteau intérieur du carré du transept.

A droite de la photo, au centre du chapiteau saint Michel tenant le fléau de la balance, sur l'arête, face à nous, le démon qui tente de faire peser la balance en sa faveur avec un bâton. Le pénitent est sur le chapiteau de gauche, en attente. 

Le message transmis par la Chrétienté est fondamentalement optimiste et rappelle grâce à ce tricheur sans talent - mais à l'air féroce - que tout homme peut s'amender et réparer sa faute dans la rigueur et l'humilité, dans le respect des préceptes de l'Église.

Mais restons gaulois, que diable !!!

 

Église de Saintes - Saint Eutrope, église haute (Charente-Maritime), chapiteau intérieur de la nef.

un dialogue semble s'établir entre saint Michel détenteur du fléau de la balance et un démon appuyant sur le panier à son côté avec un air de dire "allez, laisse moi celui-là, j'te jure je m'en contenterai"

Vis-à-vis du texte dont elle s'influence, la pesée des âmes à l'Européenne a dû subir quelques adaptations nécessaires pour être comprise par nos ancêtres de ces 11e et 12e siècles, êtres simples, souvent novices face aux préceptes de la religion chrétienne (Au 9e siècle moins de 7% de la population est déclarée chrétienne - fin du 12e siècle on parle de 95% de la population convertie au culte monothéiste, et ayant officiellement abandonnée les croyances polythéistes héritées des ancêtres, des invasions et des échanges commerciaux - Goths, viking, saxon, romain, chinois même ...), et pour plus de 95% de la population, analphabètes. 

Église d'Ars-sur-Gironde (Charente-Maritime), chapiteau du carré du transept. Repeint au 19e siècle, d'une coloration assez proche de ce que cela devait être au 12e siècle (les églises étaient alors entièrement polychromes extérieurs comme intérieurs). les décors de la colonne en dessous et sur le mur sont par contre d'inspiration 15e-16e siècle "repensés" au 19e siècle.

Saint Michel en bleu semble converser avec le démon. Derrière l'archange, le pénitent accompagné d'un ange qui le rassure en lui tenant (caressant) la tête.

En Égypte, lorsque le coeur (siège de l'âme - de la conscience, des pensées, et de la mémoire - égyptienne) est pesé, il doit être aussi léger qu'une plume et la balance doit être à l'équilibre. Pour nous autres gaulois, peut-être plus terre-a-terre, une balance sans mouvement, sans pesée puisqu'elle est à l'équilibre, est suspecte ; et pour rendre la scène, clé de l'accès en paradis, crédible,  l'imagier modifie le rôle de la balance. L'âme doit être visiblement lourde des efforts pour la rédemption et le rachat des péchés du vivant de leur auteur. La balance doit donc pencher en faveur du juge saint Michel.

Église de Saujon (Charente-Maritime), chapiteau de l'ancienne église romane déposé dans une chapelle de la nouvelle église.

Saint Michel est à gauche tenant le fléau, le démon face à lui et entre les deux un ange semble temporiser les ardeurs du démon en lui appuyant la main sur son front. Quasiment Invisible sur la photo (on aperçoit sa main posée sur son ventre) le pénitent attend la sentence., 

Ensuite, il faut beaucoup de représentants divins en Égypte pour assurer le tribunal afin d'œuvrer au rituel de la pesée. Difficile de représenter le même rite pour une religion monothéiste. En conséquence, il ne restera plus que deux, parfois trois personnages pour assurer le passage : saint Michel serviteur de Dieu, seul juge et détenteur de la balance, parfois son servant, le défunt et un ou deux démons.

Église d'Aujac (Charente-Maritime), chapiteau de la porte nord.

Interprétation rare, le pénitent sert de soutien à la balance de saint Michel à sa gauche pendant que que son âme est pesée. C'est l'unique fois où j'ai croisé une pesée des âmes où le pénitent joue un rôle actif dans le rituel, tandis que le démon est relégué au coin du chapiteau. Il est cependant toujours très intéressé à fausser la pesée.

enfin dans la tradition égyptienne le rituel s'exécute dans un tribunal, un lieu dédié. Pour la Chrétienté, il s'agit de la porte "merveilleuse", à la droite du seigneur ; elle ne peut donc pas être représentée. Le lieu sera "invisible" ou parfois placé discrètement dans la "verdure", entourée d'un entrelacs de feuillages foisonnant.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), chapiteau du chevet.

Saint Michel est sur l'arête du chapiteau face à deux démons très agressifs. Derrière lui  l'ange tient la main du pénitent en attente de son jugement.

D'autre part, si en Égypte, le rituel rappelle que le défunt en faute sera avalé par "la Grande Dévoreuse", il en va tout autrement pour le Chrétien qui a - bien sûr - effectué de son vivant d'abord, puis après sa mort terrestre, oeuvre de pénitence et rachat de ses fautes. Pour lui, la pesée des âmes est un passage de confirmation et non de condamnation . Il ne peut y avoir de rejet puisqu'il n'existe pas encore d'enfer (il apparaitra au 13e siècle). Tout au plus, aura t-il besoin d'une "piqure de rappel" et un retour à la pénitence (racontée dans un prochain article), mais cette hypothèse n'est pas racontée sur les églises romanes saintongeaises. A voir plutôt à Conques par exemple (Aveyron), ceux qui sont punis sont ceux qui n'ont pas effectué leur pénitence et se présentent en Paradis sous une forme inacceptable.

 Église de Conques (Aveyron), bas relief de la façade au-dessus du portail.

 

Dans l'Égypte ancienne :

la SPYCHOSTATIE ou PESÉE DE L'ÂME (Livre des Morts)

Le Livre des Morts est un papyrus couvert de formules (plus de 200) que le défunt devait réciter sans erreur afin d'équilibrer la balance. Pour le prix de deux vaches ou de six mois de salaire d'un ouvrier, on pouvait acheter de son vivant un Livre des Morts déjà établi. Il suffisait d'y insérer son nom de défunt le moment venu. C'est le Dieu Thot qui a rédigé lui-même les formules, pour aider les défunts à triompher des périls rencontrés dans le royaume des morts.

Extrait du Livre des Morts, formules devant être récitées au moment de la pesée du coeur du défunt.

"salut à toi Dieu grand, possesseur des deux Maât"

"je viens vers toi et t'apporte la Vérité et la justice après que, pour toi, j'ai chassé mes mauvaises actions"

"je n'ai pas maltraité les gens, je n'ai pas blasphémé Dieux, je n'ai pas appauvri l'homme pauvre"

je n'ai pas affamé, je n'ai pas faussé le peson de la balance, je n'ai pas oté le lait de la bouche des petits enfants, je n'ai pas fait pleurer, je n'ai pas tué, je n'ai pas diminué la part des aliments offerts dans les temples"

"je n'ai pas retenu l'eau au moment de l'inondation" (la crue du Nil chaque année assurait la prospérité des terres et de bonnes récoltes)

"je suis pur ! je suis pur ! je suis pur ! je suis pur !

papyrus égyptien (extrait du Livre des Morts)

Le coeur du défunt est déposé sur le plateau d'une balance, tandis que de l'autre se trouve une plume d'autruche symbolisant Maât déesse de la vérité et de la justice. le Dieu Anubis agenouillé sur un coffre vérifie l'aiguille de la balance qui est ornée de la plume de Maât. Le sommet du fléau est à l'effigie de la déesse Maât. A droite de la balance se trouve le Dieu thot le scribe des dieux, qui inscrit les actions de la vie passée du défunt et va prononcer le verdict. Si le coeur pèse autant que la plume, c'est que le mort a vécu selon les règles de la morale et peut accéder à la vie éternelle. Si le coeur pèse plus lourd que la plume, il a vécu dans le mal et sera avalé par la "Grande Dévoreuse. Elle est un monstre, de sexe féminin, qui se trouve à proximité de la balance prête à dévorer le coeur condamnant le défunt à une mort "définitive". A la gauche, le défunt est accompagné, tenu par la main par Anubis.

texte et photos : Esla

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Sur le zodiaque roman : le scorpion

Publié le par Esla

Le mois d'octobre est celui du Scorpion (escorpius en latin), dernier signe de notre périple sur les zodiaques des églises romanes de la Saintonge (qui au 12e siècle couvrait ce que l'on peut presque considérer comme la Nouvelle Aquitaine).

Église de Cognac-Saint-Léger (Charente), voussure du portail.

Ce mois fleure bon le raisin, les vendanges et le vin, essentiel au Moyen Âge ; d'autant que l'eau n'est pas vraiment potable. Le territoire est couvert de vignes et c'est une des premières activités agricoles en Saintonge et de bon rendement pour les abbayes qui en possèdent la plus grande part. A partir du 14e siècle, une meilleure répartition entre religieux et seigneurs et l'arrêt d'un certain nombre de contraintes financières envers ces derniers permettra un meilleur équilibre dans cette exploitation. Beaucoup s'y enrichiront.

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail.

Le vin d'alors était une piquette de 3 ou 4 degrés, généralement chargé d'herbes et d'épices pour en améliorer le goût et en cacher l'aigreur , soit pressé aux pieds (le vin du peuple), soit pressé à la presse en bois (le vin noble) d'un degrés nettement supérieur.

Le premier servait de base à l'hypocras*  et pouvait servir de "salaire" à l'ouvrier journalier sur les chantiers sous forme de "bariquots" de 3 à 5 litres ; l'autre était servi à la table des seigneurs et des riches bourgeois : le vin des nantis, d'une qualité bien supérieure.

Les abbayes produisaient les vins de messe (mais pas seulement !)qui étaient ensuite vendus sur les marchés européens.

Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail.

Il ne reste aucune représentation du scorpion, trop érodées, à part celui de Civray fortement restauré ...

Église de Civray (Vienne), voussure du portail.

...Il n'existe pas non plus de scorpion "isolé" sur les décors des églises (sans être inclus dans un zodiaque).

Pourquoi ? parce que des signes célestes illustrant des chapiteaux, des modillons ou des métopes et non inclus dans un zodiaque étaient une indication sur la période de démarrage du chantier, souvent un signe printanier ou solaire. Aucun chantier ne démarrait dans la période automnale ; la proximité des mois humides et froids empêchait d'élever des murs solides avant la "mauvaise" saison. Pas de chantier ? pas de scorpion !

Église de Civray (Vienne), voussure du portail.

ce signe conclut sur ce site la découverte du zodiaque roman des églises de Saintonge.

Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail. ce qu'il en reste !!

Le personnage accroupi à gauche est la Balance.

On croise souvent des tonneaux sur les modillons des églises représentant le travail des manoeuvres et des "bénévoles" ; parfois avec un personnage accroché à ses flancs. Il est alors question de rappeler le péché de gloutonnerie et d'alerter sur l'abus d'alcool fut-il de basse qualité, qui était responsable - parce que la principale boisson désaltérante des chantiers - de très nombreux accidents, souvent handicapants, parfois mortels. Les échafaudages n'étaient pas aussi sécurisés qu'aujourd'hui et étaient constitués de simples planches posées sur des épieux fichés dans les trous de boulins que l'on voit encore sur les murs - le nichoir préféré des pigeons!

Église d'Annepont (Charente-Maritime), modillon du chevet.

Église de Foussais (Vendée), modillon de la façade.

 

* hypocras : la recette dans un prochain épisode !

texte et photos : esla

 

 

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Salon du livre du Gua le dimanche 8 novembre 2026

Publié le par Esla

Un salon plein de promesses !

J'y serai présente de 10h à 18h00 le 8 novembre prochain.

Venez nombreux !!!

 

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Salon du livre et de la BD de LA JARRIE - dimanche 25 oct 2026

Publié le par La Jarrie

Voici un salon très prometteur !

J'y serai présente de 10h à 18h le dimanche 25 octobre 2026 pour présenter mes livres sur le patrimoine de Saintonge, l'art roman et les vitraux.

à bientôt de vous y accueillir !

 

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Le tireur d'épine

Publié le par Esla

Souvent présent sur les modillons des églises romanes, voici un personnage très énigmatique qui revient de très loin (Rome antique) et que la Chrétienté a intégré dans ses messages hautement symboliques.

Cette représentation est une des plus anciennes connue : 1er siècle avant J.C .

Elle aurait été dans la Rome antique la représentation du légendaire Nevis Martius, jeune berger qui aurait sauvé Rome en courant pieds nus et portant au Sénat un message important. Il aurait attendu d'avoir accompli sa mission pour s'assoir enfin et retirer de son pied l'épine qui le blessait.

Église de Bignay (Charente-Maritime), modillon de la façade.

La Chrétienté, très attachée aux messages visuels accrochés aux églises dans un but formateur des populations avoisinantes, réutilise cette gestuelle et lui fait porter un message concret ...

Église de Bécéleuf (Deux-Sèvres), modillon du chevet.

... Il s'agit prosaïquement d'arracher l'écharde de la chair, plus philosophique, d'arracher le vice du corps et de l'âme.

Église de Benet (Deux-Sèvres), modillon de la façade.

Il est le symbole de la pénitence ...

Église de Foussais (Vendée), modillon de la façade.

... et avoir la volonté d'abandonner son orgueil. S'occuper de ses pieds après l'effort, supporter la douleur, prendre une pose peu altière ...

Église de Genouillé (Charente-Maritime), modillon de la façade.

Cette symbolique est associée à la période de Carême (être en contrôle de son corps et de ses besoins) et du mois de Mars (probablement à cause du nom de l'éphèbe à l'origine de la légende "Martius").

Église de La Jarne (Charente-Maritime), modillon de la façade.

C'est aussi plus terre-à-terre, l'image du pèlerin qui pendant son cheminement apprend à prendre soin de son "outil" (pieds, corps ... mais aussi pensée) physique et spirituel. 

Église de Lichères (Charente), modillon de la nef.

Les tireurs d'épine symbolisent les écueils que la vie ne manque pas de mettre sur le chemin et qu'il faut accepter sans subir ... apprendre à s'adapter. Avancer malgré tout. S'améliorer dans l'épreuve.

Église de Marcillac (Charente), modillon du chevet

Tout un programme !

Église de Melle-Saint-Pierre (Deux-Sèvres) chapiteau intérieur. Une des plus belles représentations en Saintonge.

textes et photos : Esla.

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Vitrail en Vals de Saintonge !

Publié le

 

Les journées du patrimoine sont l'occasion de partir à la découverte d'un patrimoine insolite : les vitraux des églises des Vals de Saintonge.

Église de La Vergne (Charente-Maritime), vitrail du choeur - Adrien Baratte - Paris, début du 20e siècle.

Depuis quelques années, les communes du Pays des Vals de Saintonge ont engagé un vaste chantier de rénovation de leurs églises et la mise en valeur de leur patrimoine. Le vitrail a largement bénéficié de cet essor ! plus de 45 maîtres verriers et vitraillistes on participé à cet engouement entre les 19e et 21e siècles. Le plus récemment posé est en l'église de Mazeray (2022) créé par Bernard Fournier - Bordeaux.

Église de Mazeray (Charente-Maritime), vitrail de la nef - Bernard Fournier.

Pour découvrir ce généreux patrimoine un livre disponible en librairie ou à l'association ENVIVALS - yaunchat@free.fr - 30 euros.

 

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Les journées du patrimoine 2026 à Saint-Jean-d'Angély !

Publié le par ville de Saint-Jean-D'Angély

Les 19 et 20 septembre prochains sont l'occasion des journées du patrimoine. Voici le programme de la ville de Saint-Jean-D'Angély.

Partez à la découverte !!!

 

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Sur le zodiaque : la balance

Publié le par Esla

Le mois de septembre consacre le signe céleste de la Balance : Libra

Église de Fenioux (Charente-Maritime), voussure du portail.

Exceptionnellement, il n'y a pas de "gestes" agricoles associés à la représentation de ce signe. Tout est inclus dans ce personnage qui tient fermement le fléau d'une balance "à la romaine".

Église d'Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), voussure du portail. Les bras de la balance on disparu mais subsiste le fléau. A gauche du personnage, la ruche du mois d'août et son petit pot pour la récolte du miel.

Et pourtant, Le personnage regroupe tous les "codes" du zodiaque : signe céleste et travaux agricoles.

Le personnage est un religieux. Il vient avec sa balance au seuil de l'église du hameau peser la dîme. Cet impôt (Dîme = dix) représente 1/10ème de ce que le paysan produit et appartient en totalité à l'Église. Il est levé en septembre. C'est un impôt en nature pour sa grande majorité : son calcul est simple. Par exemple sur 10 bottes de fourrage produites, la 10ème botte revient au religieux. Idem pour les sacs de grains comme tout autre production. La balance est utilisée dans le cas où le prélèvement ne peut être aussi évident. Par exemple, la viande ou quand les quantités produites sont inférieures aux contenants normés : sacs, tonneaux, métrage pour les tissus ... etc. Mais dans le cas de la viande, si vous possédez 10 cochons, 1 sera pour la dîme. Les religieux sont organisés pour entreposer et entretenir des "bêtes sur pattes". Ils ont des hangars, des étables, des soues, des pâturages ... 

L'impôt est un acte social et donc un "produit" issu du travail paysan.

Église de Civray (Vienne), voussure du portail.

Le personnage porte un habit civil et des chausses pointues, critère de l'habit "bourgeois". Parfois même on peut y deviner une sorte de plastron, comme une armure (Fenioux). Certains historiens expliquent, que dans des contrées instables et potentiellement violentes, les impôts pouvaient être récoltés par des militaires au nom du collecteur, en l'occurence le religieux pour ce qui est de la Dîme.

Église d'Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), voussure du portail. Ce qui reste du personnage au centre de l'image.

Et que fait l'Église de cet impôt ? Il est d'abord rapatrié dans les centres locaux (abbayes, monastères, commanderies ...). Puis il est partagé en trois parts "égales".

1/3 revient au prieur, c'est-à-dire au "chef de l'établissement" qui, généralement a ses propres quartiers, voire son "immeuble" au seing du complexe, sa gestion personnelle et son "bas de laine" qu'il fait fructifier ;

1/3 revient à la communauté religieuse. La majorité des biens récoltés seront vendus sur les marchés et les foires, éventuellement transformés - certains monastères en font même des spécialités locales (Huile de calendula (le souci) à Aulnay-de-Saintonge) ; c'est encore vrai aujourd'hui, même s'il n'est plus question de dîme. 1/4 de cette enveloppe est directement consommée par la communauté religieuse pour son quotidien et son autonomie. Le reste sera d'un rendement marchand dont la grande partie de la rente sera versée à l'Église (institution via son évêque).

1/3 sera utilisée pour les bonnes oeuvres de la communauté : aide aux démunis, sanitaire et soins, soutien ... etc.

Quand il s'agit de constructions, de grands travaux (construction d'une église, extension du bâti, creusement de canaux pour l'assèchement des terres marécageuses par exemple), le budget nécessaire sera nourri de "subventions" apportées par le prieur sur son bien personnel (il en a les moyens), par l'évêché, par l'abbaye maîtresse (abbaye bénédictine de Cluny pour la Saintonge), par d'autres communautés religieuses, de dons apportés par les paroissiens qui se doivent de soutenir une communauté religieuse qui est indispensable à leur survie ...

Église de Cognac-Saint-Léger (Charente), voussure du portail. Le personnage central est énigmatique avec sa posture qui semble accroupie (mais ce n'est qu'un effet de style pour s'adapter à la voussure) et son visage féminisé (mais il s'agit d'un casque et non de cheveux). Et que dire de cette mimique du visage et son mouvement penché sur l'épaule ...

La production viticole n'est pas incluse dans la dîme car elle est soumise à un autre impôt : le droit de BANVIN directement ponctionné par le seigneur, l'évêque et les municipalités. Ajouter à cela un certain nombre de taxes et de péages pour les plantations, les récoltes et le transport du produit fini ... mais c'est une autre histoire !!!

A retenir, que pour un paysan, le cumul des impôts, taxes, péages et autres gentillesses fiscales de tous ceux dont il est le vassal, s'élevait à plus de 85% de son revenu brut !

texte et photos : Esla

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